Les préaux des écoles aussi retournent à l’ère glacière

Mercredi 26 janvier 2005
Intempéries La glace pose des problèmes de sécurité.
« Moins y’a de sel, mieux ça vaut », lance Philippe Aegerter, directeur du Département municipal des affaires sociales, des écoles et de l’environnement. Le DIP prolonge ce souci écologique et rappelle que « la neige est un jeu éducatif », tout en interdisant à la voirie de l’enlever. Résultat: deux fois impunie, la masse blanche s’ offre depuis lundi une seconde vie récréative dans les 53 préaux de la ville.
Si ce retour à l’ère glacière semble réjouir à distance les fonctionnaires travaillant à la rue de l’A thénée, il confronte les concierges œuvrant dans les cours d’école à une tâche insurmontable. On les appelle les RBS (pour responsables des bâtiments scolaires) et leur mission consiste à dégager l’accès aux entrées principales, tout en affrontant les interrogations légitimes des parents qui se demandent si rien ne sera entrepris pour sécuriser des espaces qui n’ont plus de jeu que le nom.
Une visite hier dans trois établissements de la rive droite (Charmilles, Geisendorf et Ecole de l’E urope) confirment l’épaisseur impressionnante de la glace, mitée et déformée de partout. Son relief chaotique encourage davantage la chute dangereuse que la glissade innocente. Nombre d’enseignants l’ont d’ailleurs bien compris qui demandent préventivement à leurs élèves de rester sous le couvert à l’heure de la récréation. Cette situation promet de durer jusqu’ à la semaine prochaine. « Elle fait partie des aléas climatiques », note avec philosophie Simone Irminger, la directrice du Service des écoles. Manière de reconnaître que seul un déglaçage naturel pourra venir à bout de ces surfaces accidentées. Ou alors, bien sûr, les chasseneige de la voirie. Mais une directive officielle interdit aux cantonniers de pénétrer dans les préaux avec leurs véhicules. Ce mercredi, jour hebdomadaire de nettoyage, ils se contenteront de vider quelques poubelles. Pour le balayage, ils attendront, eux aussi, des jours meilleurs. Non sans engager leurs lames sur des fronts plus accueillants. Genève est une ville merveilleuse.
THIERRY MERTENAT
Ecole de l’Europe. Entre deux glissades incontrôlées de leurs enfants, nombre de parents s’interrogent sur l’entretien actuel des préaux, rendus particulièrement dangereux par l’accumulation de glace.
Fractures de cheville impressionnantes
Hier, en fin de matinée, le soleil et la voirie avaient fait leur œuvre. Le verglas, en fonte rapide, comptabilisait néanmoins un nombre de victimes important, et ce, en deux jours seulement.
D’après Jannick Laville, l’infirmier responsable des urgences de l’Hôpital de La Tour de Meyrin, les chutes ont entraîné des fractures des chevilles et des poignets, plus impressionnantes encore par leur gravité que par leur nombre. « Il a été nécessaire de procéder à des interventions chirurgicales au bloc et à des réductions de fracture aux Urgences. »
Satanée plaque de verglas
Sur un siège de la salle d’attente, les yeux remplis de larmes, la petite Parker se tient le poignet. « D’habitude, elle ne pleure jamais », remarque sa mère. Sur le chemin de l’école, à Versoix, elle et sa sœur n’ont pas vu la plaque de verglas. Malgré leurs bottes à crampons, elles n’ont pu éviter le vol plané. « Et vlan », commente leur maman d’un geste assorti d’une onomatopée. Résultat, plus de deux heures d’attentes aux Urgences. Dans ce même hall, le panneau placé par la femme de ménage annonce la couleur: « attention sol glissant » … Et suscite un large sourire d’une jeune femme qui accompagne un sexagénaire aux béquilles enneigées.
Selon le Dr Bernard Vermeulen, médecin responsable aux HUG, « tous les centres d’urgence font face à la situation, sans avoir eu jusqu’ ici à enregistrer de cas dramatiques ». Le pic, atteint en début de semaine, « a baissé de 60% hier mardi », précise-t-il, avant d’ajouter: « Nous insistons sur l’aspect éducatif: c’est en commençant par bien s’ équiper que l’on réduit les risques de chute, et donc de fracture, sur la glace. »
Au groupe médical d’Onex, le docteur Marie Neeser, généraliste note: « Il y avait encore du monde aujourd’hui car certaines personnes sont tombées lundi et n’ont consulté que le lendemain. » Autre constat, les patients, essentiellement des piétons, avaient entre 10 et 60 ans. Il n’y a pas d’âge pour les galipettes. On peut cependant imaginer que les plus âgés ont préféré le canapé aux trottoirs glissants et escarpés.
Marie Prieur
Bernard Vermeulen. « Tous les centres d’ urgence font face à la situation, sans enregistrer de cas dramatiques. (ERIC ALDAG)
Neige: Etat et communes salent
Excepté Veyrier qui, pour des raisons écologiques, ne sale plus les rues sauf le parcours emprunté par les TPG, l’Etat et les communes ont largement répandu du sel ou de la saumure sur toutes les voies du canton depuis dimanche. Et c’est bien normal, sinon les principaux accès auraient été impraticables pendant de longs jours.
Si le résultat à atteindre est le même: faire fondre la neige, les moyens utilisés par les voiries municipale, cantonale et communales sont différents.
Certaines grandes communes comme Genève, Meyrin, Carouge ou Vernier ont leurs propres services de voirie et leurs engins enlèvent la neige et salent en même temps. Si ces communes sont traversées par des routes cantonales, c’est l’Etat qui intervient. Dimanche et lundi dès l’aube, une bonne centaine d’hommes de la voirie municipale étaient sur le pied de guerre. Quant aux petites communes, c’est souvent le cantonnier aidé d’un agriculteur qui se charge du déneigement.
Brèves de neige
Vernier: c’est la commune de Vernier qui a été la première dimanche à 3h à donner l’alerte de la neige. Dès 4 h les employés de la voirie œuvraient sans relâche jusqu’au lundi matin.
Aéroport: il y a quelques années, on utilisait de l’urée (urine d’ animaux) sous forme de cristaux pour déneiger le tarmac car ce produit naturel n’ attaquait pas la carlingue des avions. Seul problème: si les passagers marchaient dedans, la cabine se transformait immédiatement en une pissotière mal odorante ! On emploie désormais le « safe away », un produit écologiquement compatible.
Pneus: le TCS indique qu’en dessous de sept degrés les voitures doivent être équipées de pneus d’hiver. Sinon, bonjour les problèmes d’assurances en cas d’accident.
Danièle Chambas

