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La migraine n’est pas une fatalité, on peut la soigner


Jeudi 3 février 2005

DÉBAT PUBLIC Casse-tête, elle plombe le quotidien de 1 2% de la population. Si on ne connaît pas les causes du mal, on dispose de traitements. Le point avec le Dr Christopher Naegeli jeudi 10 février.

Autant le savoir tout de suite: les causes de la migraine sont encore inconnues et on ne peut pas la guérir. Mais ce constat un peu déprimant s’ accompagne aussi d’une bonne nouvelle: il existe des traitements efficaces contre les migraines. « 50 % des migraineux ne savent pas qu’ ils le sont. Ils pensent qu’ il n’y a rien à faire et que c’est la fatalité », observe le Dr Christopher Naegeli, neurologue.

« Les maux de tête constituent notre pain quotidien », affirme le spécialiste. 40 % de la population suisse se plaint de céphalées occasionnelles. La migraine, quant à elle, perturbe le quotidien de 18% de femmes et de 7 % d’hommes. Les enfants ne sont pas épargnés (5- 6 % en souffrent).

Depuis les années 1990, l’avènement d’une nouvelle famille de médicaments à base de substances appelées triptans a changé la vie de la majorité des migraineux. De grands progrès ont été réalisés dans la connaissance du mécanisme de la migraine, même si son origine reste toujours un mystère.

Distinguer entre céphalée et migraine constitue le premier pas pour poser le diagnostic et envisager la meilleure thérapie. D’où l’importance de consulter. Si les maux de tête surviennent souvent, s’ ils se manifestent d’un seul côté de la tête, si la douleur est martelante, si elle s’ accompagne de nausées, voire de vomissements, si l’on constate une plus grande sensibilité à la lumière, il y a de fortes chances que l’on se trouve en face d’une migraine, dont l’intensité est de modérée à sévère. « Dans la moitié des cas, les anti-inflammatoires classiques pris contre les maux de tête marchent aussi contre la migraine », indique le Dr Naegeli. Les patients ainsi soulagés ne consultent en général pas.

« Reste l’autre moitié à qui l’on peut proposer les triptans. » Ces derniers agissent sur les mécanismes à la base de la migraine. Ils ne sont pas indiqués pour les simples maux de tête.

Terrain favorable

« Chez les migraineux, on se trouve au départ face à un terrain favorable: un cerveau particulièrement sensible aux agressions externes », explique le Dr Naegeli. La migraine est héréditaire, 70 % des migraineux ont une histoire familiale.

On ignore pourquoi, mais des modifications neurochimiques libèrent certains neurotransmetteurs qui vont provoquer une inflammation des méninges enveloppant le cerveau. Conséquence: les vaisseaux se dilatent, la migraine est là. Les triptans agissent en bloquant les neurotransmetteurs. « Quel que soit le traitement, il importe de prendre le médicament le plus vite possible. Ne pas espérer que cela va passer. Car une fois que la crise est là, c’est plus difficile », relève le Dr Naegeli.

Facteurs déclenchants

S’observer, essayer de voir ce qui déclenche une migraine permet d’influer sur le cours des choses. Il semble que 90 % des migraineux rapportent que leurs troubles sont causés par des facteurs déclenchants: le stress, des repas irréguliers, trop ou trop peu de sommeil, certains aliments comme le chocolat, le fromage, l’alcool, le café, les changements de temps. « En changeant son style de vie, on peut souvent diminuer la fréquence des migraines », note le Dr Naegeli. Activité physique et alimentation jouent un rôle.

Hélas certains patients (2 5%) restent rebelles aux traitements. Dans ces cas, des thérapies préventives sont envisagées: il s’ agit de médicaments comme les bêtabloquants, certains antidépresseurs ou antiépileptiques qui, pris durant une période minimum de six mois, peuvent diminuer sensiblement la fréquence des migraines. Enfin, face au mystère de la migraine, les thérapies complémentaires ont leur rôle à jouer. Leur efficacité, elle aussi, est très variable (lire encadré).

UTILE Conférence-débat sur la migraine: Dr Christopher Naegeli, neurologue, jeudi prochain 10 février à 19 h. Espace culturel des Terreaux, Terreaux 14, Lausanne. Entrée libre.

FRANCINE BRUNSCHWIG

« Dans la majorité des cas, maux de tête et migraines sont d’origine bénigne. Mais si la douleur est subite ou inhabituelle, il faut alors consulter », affirme le Dr Christopher Naegeli. Janine Jousson

Shiatsu et kinésiologie au top des thérapies alternatives

ENQUÊTE L’efficacité de la médecine complémentaire demeure très variable.

Que peut la médecine complémentaire contre les migraines ? Une enquête réalisée en 2003 par Aktion nomig (plate-forme migraine, www. nomig. ch) auprès de 2000 migraineux a montré que 45% d’entre eux recourent à des thérapies alternatives.

Leur succès est variable. Les plus répandues, l’acupuncture et le massage, sont gratifiées de deux étoiles dans le classement (quelques patients satisfaits). Moins pratiqués, le training autogène et l’homéopathie obtiennent le même résultat.

Différentes techniques de relaxation (chi-gong, tai-chi, méditation, yoga) affichent trois étoiles (nombre égal de patients satisfaits et insatisfaits), même chose pour l’ostéopathie, la thérapie craniosacrée (pression douce sur le crâne et la colonne vertébrale) et la danse.

Shiatsu et kinésiologie se sont révélés efficaces pour 60 à 80 % des personnes. Quant à la psychothérapie, elle s’ impose pour les migraineux rendus fortement dépressifs par leurs douleurs. Il est important de choisir une thérapie qui plaît (par exemple pas d’acupuncture si on a peur des aiguilles !) et surtout d’y recourir dans le cadre d’un dialogue franc et ouvert avec votre médecin soignant.

F. Bg