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Malgré d’excellents résultats 2004, la Bourse sanctionne le


Jeudi 3 février 2005

MEDICAMENTS. Le groupe bâlois annonce une croissance nettement supérieure à celle du marché l’an dernier. Les investisseurs restent pourtant méfiants.

De bonne humeur, Franz Humer plaisante avec ses chefs de service avant l’annonce des résultats 2004, hier au siège bâlois de la multinationale. Contrairement à son voisin et concurrent Daniel Vasella, patron de Novartis, le directeur général de Roche n’a modifié ni son visage, ni ses convictions. Roche est et restera indépendante, uniquement intéressée à «acquérir de nouvelles lignes de produits» ou «conclure des alliances stratégiques». Le mot fusion est définitivement rayé du vocabulaire du «petit LaRoche», le dictionnaire scientifique de l’entreprise.

«Je ne me livre à aucune spéculation sur ce que Daniel Vasella fera de la part de 33% du capital-actions détenue par Novartis. Je suis vraiment satisfait que la famille propriétaire Hoffmann-Oeri détienne plus de 50% des droits de vote. Elle a une vision à long terme de l’entreprise», explique celui qui a commencé à préparer la relève. Mi-décembre, Franz Humer, 58 ans, a renforcé la direction générale en se déchargeant de quelques tâches opérationnelles. Plusieurs commentateurs le voient quitter le fauteuil directorial dans deux ou trois ans pour ne garder que celui de président du conseil d’administration.

Qui sera candidat? William Burns, chef de la division pharmaceutique, ou Heino von Prondzynski, responsable de Roche Diagnostics, secteur considéré comme hautement stratégique? «Je ne spécule pas sur l’avenir. Je suis très content de la fonction que j’occupe actuellement», répond sobrement ce dernier.

Le présent du groupe pharmaceutique se résume à une croissance à deux chiffres. «Nos ventes ont progressé nettement mieux que le marché en 2004, soit de 9% en francs suisses, à 29,5 milliards et de 18% en dollars, constate Franz Humer. L’année a été excellente. Tous nos objectifs ont été atteints, voire dépassés. Nous affichons par exemple le bénéfice d’exploitation le plus élevé de l’histoire de Roche.» Le bénéfice net a explosé à 6,6 milliards de francs (+111%), en raison notamment du produit de la vente à l’Allemand Bayer du secteur des médicaments délivrés sans ordonnance. Le bénéfice opérationnel pro forma progresse de 12%, à 6,18 milliards.

Méfiance sur les marchés

Les marges d’exploitation augmentent nettement. Elles se situent à 23,5% pour le groupe, 25,7% pour la division pharmaceutique (au lieu de 26% attendu), et 21,4% pour la division diagnostics (supérieure aux attentes). «Cette année nous progresserons également plus rapidement que le marché, ce qui fera de 2005 la quatrième année consécutive de croissance supérieure à la moyenne de l’industrie pharmaceutique», assure Franz Humer.

Comment expliquer, sur la base de ces brillants résultats, la chute de 4,72% du cours du bon de jouissance Roche hier en fin de séance à la Bourse suisse? L’ensemble du secteur, qui était considéré comme défensif, pâtit d’une soudaine révision du niveau du risque. Un sentiment général de méfiance s’est installé suite au retrait de l’anti-inflammatoire Vioxx et aux doutes des autorités de contrôle sur l’ensemble de la classe de médicaments Cox-2. «Roche ne peut pas résoudre le problème de l’industrie. En ce qui concerne nos produits, nous travaillons très étroitement avec les médecins des hôpitaux pour traiter soigneusement le rapport risque/efficacité de chaque médicament», souligne William Burns.

Les analystes financiers s’inquiètent surtout de la stagnation de Roche au quatrième trimestre 2004. L’écoulement de médicaments comme le Pegasys (contre l’hépatite) ou l’Avastin (cancer côlorectal), fabriqué aux Etats-Unis par la filiale Genentech, est plus faible qu’attendu. «Les ventes d’Avastin ne souffrent d’aucune faiblesse fondamentale, rétorque William Burns. Il faut simplement prendre en compte les fêtes de Noël qui ont influencé le comportement des patients et des médecins.»