Flambée de rougeole. Opération vaccin à l’Hôpital

Vendredi 4 février 2005
Epidémie La maladie touche des adultes, plus vulnérables.
Genève connaît une flambée de rougeole. Depuis début janvier, douze cas ont été déclarés, pour un seul pour toute l’année 2004. D’ordinaire infantile et souvent bénigne, cette maladie très contagieuse atteint cette fois les adultes. Ce qui la rend plus dangereuse.
« Chez l’enfant, un cas sur mille entraîne une encéphalite (inflammation du cerveau) et un décès, explique le professeur Claire-Anne Siegrist, vaccinologue.
Chez l’adulte, les complications sont plus sévères et plus fréquentes.
Outre l’encéphalite (qui peut entraîner une infirmité motrice), on peut contracter une pneumonie, une pancréatite, une hépatite ou une infection du coeur. » La consommation de tabac accroît ces risques.
En 2003, la Suisse a connu une épidémie de rougeole, touchant essentiellement des enfants.
Mais sur les 703 cas repertoriés, quatre ont provoqué une encéphalite chez des adolescents et des jeunes adultes.
Comme il n’existe aucun traitement contre la rougeole, la seule façon de se protéger est de se faire vacciner. Il est encore temps ; même après avoir été en contact avec la maladie, on a trois jours pour empêcher sa survenue ou en limiter les effets (lire l’encadré).
Aux Hôpitaux universitaires de Genève, on ne badine pas avec la rougeole. Un malade l’a déjà transmise à quatre soignants lors
de son bref séjour aux urgences. C’est une première: la direction a décidé de vérifier l’immunité du personnel dans les services à risque (urgences, soins intensifs, greffes …) et d’imposer la vaccination si nécessaire.
Dans la seule journée d’hier, quelque 300 employés ont procédé aux tests.
« Nous voulons protéger le personnel mais aussi les patients dont l’immunité est diminuée ou supprimée et qui ne survivraient pas à une rougeole », explique le professeur Didier Pittet, chef du service de contrôle de l’infection.
Fièvre, toux puis plaques rouges
Les services d’urgence ont reçu l’instruction de trier et d’isoler les patients présentant les signes d’une rougeole. Par précaution, les soignants porteront un masque et des gants en présence d’un cas suspect.
Les médecins de ville sont également sensibilisés à l’épidémie. Ils doivent déclarer tout nouveau cas à la Direction générale de la santé. Or le diagnostic n’est pas évident: les fameuses plaques rouges n’apparaissent pas tout de suite. La maladie provoque d’abord de la fièvre, un rhume, de la toux et parfois une conjonctivite. Impossible, au début, de la distinguer de la grippe, qui sévit en ce moment dans tout le pays.
Vaccination insuffisante
Les médecins regrettent l’insuffisance de la couverture vaccinale en Suisse et à Genève.
« Seulement 85 % des enfants sont vaccinés contre la rougeole, se désole Didier Pittet. Certains parents estiment que ce n’est pas nécessaire.
» C’est un tort. Il faudrait passer d’une éthique individuelle à une éthique collective ; lorsque moins de 9 3% de la population est vaccinée, on court le risque d’une épidémie. »
Si les jeunes adultes sont davantage touchés aujourd’hui, c’est probablement pour deux raisons. « Paradoxalement, la population des 20-30 ans est moins bien vaccinée que les petits enfants, note Claire-A nne Siegrist. Ils étaient trop grands pour bénéficier des campagnes de vaccination à grande échelle lancées dans les années 1982-83 », explique-telle.
Par ailleurs, le réseau social joue un rôle dans la transmission. En effet, lorsque la maladie démarre dans une école, les enfants sont les premières victimes. Par analogie, des adultes contaminent plus rapidement des adultes. C’est sans doute ce qui se produit actuellement.
SOPHIE DAVARIS
Philippe Sudre, médecin cantonal. Une vaccination manquante peut être rattrapée à tout âge. Elle est actuellement recommandée aux jeunes adultes, (MARCUS FUEHRER / 6 MARS 2002)
Claire-Anne Siegrist. « Chez l’enfant, un cas sur mille entraîne une encéphalite. » (P. FRAUTSCHI)
Le b.a-ba du vaccin
Le vaccin contre la rougeole est combiné à ceux contre les oreillons et la rubéole, d’où son nom: R. O. R. (Mais il existe aussi une forme pour la seule rougeole.)
On l’ administre aux bébés d’ un an. Une deuxième dose est donnée entre quinze mois et deux ans. « Toutefois, si la rougeole sévit dans une crèche, on peut donner le vaccin dès neuf mois. S’il y a un cas dans la famille, on peut descendre jusqu’à six mois », explique le professeur Claire-A nne Siegrist.
Une vaccination manquante peut être rattrapée à tout âge. Elle est actuellement recommandée aux jeunes adultes, souvent non vaccinés. Elle est spécialement indiquée pour les femmes en âge de procréer et les accouchées.
Le vaccin est remboursé par l’ assurance maladie jusqu’à l’ âge de 40 ans. On peut s’adresser à son médecin de ville, au service de pédiatrie ou au Centre de vaccination des voyageurs aux HUG.
Si l’on ne sait pas si on a eu la rougeole, se faire vacciner n’est pas dangereux. Les seules contre-indications visent les personnes ayant fait une allergie grave à une dose précédente de vaccin (1 cas sur un million), les femmes enceintes (ou qui pourraient l’être dans un délai de quatre semaines) et les personnes aux défenses immunitaires affaiblies — par le sida, un cancer, une leucémie ou un traitement à la cortisone.
Comme effets secondaires, « on observe chez 3 à 5 % des personnes une petite fièvre sept à dix jours après le vaccin. Il s’agit d’ une sorte de mini-rougeole sans gravité ni complication », assure Claire-Anne Siegrist.
(sd)

