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Un vaccin prometteur contre le cancer


Vendredi 4 février 2005

Des chercheurs lausannois viennent de tester une combinaison inédite de substances sur un petit groupe de patients atteints d’une forme avancée de cancer de la peau. La réaction est positive.

MÉDECINE Ce n’est pas encore une thérapie utilisable directement à large échelle, mais c’est déjà un signe très encourageant. Une équipe provenant de l’I nstitut Ludwig de recherche sur le cancer ainsi que de l’H ôpital universitaire (CHUV) et de l’U niversité de Lausanne (UNIL) vient en effet de réaliser une percée. Elle a publié dans la revue scientifique Journal of Clinical Investigation les résultats du test d’un vaccin expérimental contre le mélanome — une forme de cancer de la peau.

Ce produit thérapeutique nouveau a provoqué chez huit patients atteints de cette maladie une réponse immunitaire importante. Autrement dit, l’organisme de ces personnes a réagi face aux cellules cancéreuses comme face à un corps étranger.

Le cancer comme un microbe

« On sait depuis le début des années 90 que certaines cellules du corps humain, les lymphocytes T, qui ont pour tâche d’éliminer les microbes, peuvent aussi reconnaître les cellules cancéreuses », explique le docteur Pedro Romero, de la branche lausannoise de l’I nstitut Ludwig de recherche sur le cancer, l’un des auteurs de la publication. Les lymphocytes « tueurs » ont fait depuis l’objet de plusieurs études à Lausanne, en collaboration avec d’autres centres de recherche de par le monde.

L’I nstitut Ludwig et le Centre pluridisciplinaire d’oncologie (Ce PO) du Bugnon ont mis au point une combinaison jamais encore tentée de trois substances, afin d’activer les cellules tueuses et de les inciter à réagir de manière agressive en présence de mélanomes métastatiques (cancer qui s’ est développé dans plusieurs parties du corps).

Entre l’été 2003 et celui de 2004, huit patients du CHUV ont accepté de se faire inoculer ce vaccin expérimental. Par rapport à un essai il y a trois ans avec seulement deux molécules thérapeutiques, la réaction immunitaire a cette fois été décuplée, et s’ est produite deux fois plus vite. Enfin, contrairement aux premiers tests, la réponse immunitaire a été décelée chez 100 % des « cobayes ».

Etat de santé stabilisé « Il y a donc eu un effet réel chez ces patients, souligne le docteur Daniel Speiser, du Ce PO, coauteur de l’article. Pour deux des huit, leur état de santé s’ est stabilisé. Avec de tels chiffres, on ne peut malheureusement rien conclure d’un point de vue statistique. Il faudra beaucoup plus de patients, d’une centaine à un millier. Ce sera probablement à l’industrie de le faire. »

« Avant, il faudra encore faire des progrès, complète Pedro Romero. Nous devons augmenter le nombre de cellules tueuses activées et leur agressivité. Nous devons aussi obtenir un effet qui ne dure pas seulement quelques semaines, mais des années. Enfin, il faut s’ assurer que ces agents du système immunitaire aillent bien là où se trouvent les tumeurs, qu’ ils puissent y pénétrer, et qu’une fois à l’intérieur ils ne soient pas découragés. » Les cellules qui se développent dans les tumeurs ont en effet encore de nombreux moyens de déjouer l’action des lymphocytes.

Jérôme Ducret

« C’est une voie d’avenir !»

TÉMOIGNAGE Une patiente qui a accepté de tester ce traitement expérimental raconte son combat contre le cancer.

Anne a appris brutalement, il y a sept ans, qu’ elle était atteinte d’un mélanome, une forme de cancer de la peau. Depuis, de rechutes en rémissions, d’opérations en radiothérapies, elle se bat avec une belle énergie contre sa maladie. Elle fait partie des huit patients qui ont accepté de tester le nouveau vaccin expérimental mis au point par l’équipe des docteurs Pedro Romero et Daniel Speiser, avec le concours de la doctoresse Danielle Liénard.

« On vit toujours avec une épée de Damoclès, explique Anne. A la moindre anomalie, je m’inquiète. Si j’ai mal à la tête, je pense tout de suite à des métastases dans le cerveau, et ainsi de suite. Il faut savoir que le mélanome est un cancer capricieux. Il voyage dans le corps et peut apparaître ou réapparaître n’importe où. Suivant l’endroit, cela peut ne pas être grave, ou au contraire dramatique. » On a ainsi dû lui retirer en urgence une partie de son intestin grêle.

Face à cette épreuve, Anne a réagi en créant un « comité de soutien » moral formé par ses amis et ses proches. Elle les réunit à chaque rechute.

C’est le deuxième vaccin qu’ elle accepte de tester. « J’ai été convaincue par l’idée, je crois au projet, commente-t-elle. C’est une voie d’avenir !» Elle a d’ailleurs pu faire une visite guidée des laboratoires de recherche sur le cancer à Epalinges, qu’ elle a trouvée passionnante. Elle a installé comme fond d’écran sur son ordinateur une image d’une cellule tumorale sur le point d’être neutralisée par un lymphocyte, soit exactement le principe du vaccin exploré à Lausanne. « Même s’ il n’est pas certain que l’on puisse me guérir, la recherche avance et l’espoir de sauver des vies grandit jour après jour », conclut Anne.

J. Du.