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Affaire Schiavo: un juge désavoue Bush


Mercredi 23 mars 2005

Le juge fédéral James Whittemore a décidé hier de ne pas faire réinstaller la machine qui alimente Terri Schiavo.
Les parents de Terri ont aussitôt fait appel et attendent le verdict des magistrats d’Atlanta.
En Suisse, le corps médical ne procède pas à l’acharnement thérapeutique. L’aide au suicide n’est pas punie.


D’un tribunal à l’autre, le destin de Terri Schiavo est désormais entre les mains de trois magistrats d’une Cour d’Appel à Atlanta (Géorgie). Hier matin, James Whittemore, le juge fédéral de Floride, saisi de de l’affaire dans l’urgence lundi, a refusé d’ordonner la reprise de l’alimentation par machine de Terri, femme de 41 ans plongée dans un état végétatif depuis février 1990.

Malgré la pression mise sur lui par le Congrès et George Bush qui ont respectivement voté et signé il y deux jours une loi qui donnait une nouvelle chance aux parents de Terri de s’opposer à l’euthanasie de leur fille, le juge Whittemore a rejeté la requête de ces derniers.

Il a estimé que «la vie et l’intérêt de Theresa Marie Schiavo ont été correctement protégés par les procédures judiciaires menées par la justice de l’Etat» de Floride.En d’autres termes: la procédure entamée il y a sept ans par Michael Schiavo, mari et représentant de légal de Terri qui demande l’arrêt des soins pour sa femme, a, selon le magistrat fédéral, donné lieu à un procès équitable, ce que la famille contestait. Les parents de Terri ont aussitôt fait appel et attendaient hier soir le verdict des trois juges d’Atlanta.

Quatrième jour sans alimentation

La décision du juge Whittemore prend de fait le Congrès et le président à contre-pied. George Bush a d’ailleurs réagi et indiqué, par la voix de son porte-parole, qu’il aurait préféré un autre verdict. Mais malgré ses protestations, la femme, incapable de se nourrir seule, a passé mardi son quatrième jour sans alimentation. Sans l’assistance de la machine qui la maintient en vie, les médecins lui donnent au maximum deux semaines.

Le sort de Terri Schiavo déchaîne les passions

Dans cette affaire qui s’est emballée en fin de semaine dernière et a relancé le débat sur l’euthanasie outre-Atlantique, le sort de Terri Schiavo déchaîne les passions. Dans un éditorial publié cette semaine par l’Orlando Sentinel, Thomas Wenski, l’évêque du diocèse d’Orlando a d’ailleurs comparé le cas à la crucifiction du Christ. «Depuis la croix, Jésus a crié et son cri est repris aujourd’hui par tous ceux qui sont prisonniers d’un monde de douleur et de pêché, écrit l’évêque. Terri partage la passion du Christ et elle va partager sa Résurrection.» Paul O’Donnell, moine franciscain venu du Minnesota pour servir de conseiller spirituel aux parents de la famille a déclaré hier que Terri donnait déjà des «signes de mort». «En face», dans le camp d’un mari qui assure vouloir accomplir la volonté de sa femme en se battant pour qu’on cesse de la maintenir en vie artificiellement, on a en revanche appelé la Cour d’appel à ne pas précipiter son verdict et fait part de son intention d’aller jusqu’à la Cour Suprême en cas de défaite.

Directive contradictoire

Enième rebondissement d’une bataille légale très importante pour l’avenir de la délimitation des pouvoirs judiciaires et exécutifs aux Etats-Unis, Debbie Wasserman Schultz, une élue démocrate de Floride opposée à la «loi Schiavo», a mentionné cette semaine une directive signée par George Bush à l’époque où il était gouverneur du Texas. Ce texte semble contredire la loi signée par le président dans la nuit de dimanche à lundi. Comme l’a indiqué Debbie Wasserman Schultz, M. Bush a autorisé en 1999 les hôpitaux texans a économiser de l’argent en arrêtant, sans en demander l’autorisation aux familles, les machines qui maintiennent en vie des patients en état de mort cérébrale.

«Absurde», commente le Vatican

«Terri Schiavo n’a aucune possibilité de retrouver une vie normale. Donc elle doit mourir, c’est l’absurde et glaçante motivation» du jugement rendu par le juge Whittemore: la condamnation est sans appel. Elle provient de l’Osservatore Romano, qui a vivement dénoncé la décision du juge fédéral américain de ne pas rebrancher la sonde alimentaire de Terri Schiavo.

Pour l’organe officiel du Vatican, la décision s’apparente à une peine de mort appliquée à une personne innocente. «Le juge a décidé que la vie de Terri ne vaut pas la peine d’être vécue, condamnant en même temps cette femme à une mort atroce, de faim et de soif», écrit-il. «Au fond, ajoute-t-il, le destin de Terri n’apparaît pas différent de ceux de tant d’hommes et de femmes qui, aux Etats-Unis, sont condamnés à mort pour leurs crimes».

Or, ajoute, le journal «Terri n’a commis aucun crime, si ce n’est celui d’êtr «inutile» aux yeux d’une société incapable d’apprécier et défendre le don de la vie. De toute vie». Lundi, le Vatican avait déjà critiqué durement la décision de débrancher l’alimentation artificielle de Terri Schiavo.

Sur le fond, l’Observatore Romano n’est pas très éloigné de la position des organisations protestantes conservatrices: «L’arrogance du juge Whittemore est incroyable», s’insurgeait hier le révérend Patrick Mahoney, de la Christian Coalition, en lançant un appel aux partisans du maintien en vie de Terri à se rassembler à Tallahassee, la capitale de la Floride.