L’homéopathie payée par les caisses-maladie? Il faudra tranc
La Liberté
Mardi 29 mars 2005
Santé · Cinq thérapeutiques controversées sont payées, provisoirement, par l’assurance de base. La période d’essai prend fin le 30 juin. Que fera Pascal Couchepin?
Vous êtes un adepte de l’homéopathie? Nul besoin de conclure une assurance complémentaire pour vous faire soigner. L’homéopathie fait en effet partie des cinq médecines complémentaires qui ont été introduites provisoirement dans le catalogue des prestations de l’assurance de base, pour autant qu’elles soient appliquées par un médecin. Elle détient ce privilège avec la médecine anthroposophique, la thérapie neurale, la phytothérapie et la médecine chinoise traditionnelle (lire ci-dessous).
Mais voilà, ce provisoire touche à son terme. La période d’essai lancée par Ruth Dreifuss il y a cinq ans prendra fin le 30 juin prochain. Il appartient désormais à Pascal Couchepin de prendre une décision définitive sur la prise en charge de ces thérapies. Son verdict reposera sur les études menées par l’Office fédéral de la santé publique dans le cadre du «Programme d’évaluation des médecines complémentaires (PEK)».
des Critères scientifiques
«Tout est ouvert, indique un responsable de l’office. On peut tout aussi bien imaginer que seules l’une ou l’autre de ces méthodes soient retenues, qu’elles le soient les cinq ou qu’elles soient toutes écartées de l’assurance de base».
La loi sur l’assurance-maladie détermine les critères à prendre en considération par le PEK. Elle stipule que les prestations doivent être «efficaces, appropriées et économiques». Par ailleurs, l’efficacité doit être démontrée selon des méthodes scientifiques.
le temps presse
La commission fédérale pour les prestations émettra une recommandation sur la base des résultats du PEK, mais la décision finale est de la compétence du seul Pascal Couchepin. Or, la tendance est aujourd’hui davantage au resserrement du catalogue des prestations qu’à son élargissement. Une initiative de l’UDC, déposée l’an dernier à la Chancellerie fédérale, vise précisément cet objectif.
Sentant venir le danger, les partisans des médecines douces ont pris les devants. Ils ont lancé l’an dernier leur propre initiative populaire qui demande la mise sur un pied d’égalité de la médecine traditionnelle et des médecines complémentaires. Quelque 85 000 signatures ont déjà été récoltées. Walter Stüdeli, porte-parole du comité d’initiative, ne cache pas que l’objectif est de faire aboutir le projet avant la décision de Pascal Couchepin. «Nous voulons lui démontrer qu’il doit tenir compte de la volonté populaire!»
Le temps presse car le conseiller fédéral doit se prononcer d’ici au 30 juin au plus tard pour que les assurés concernés puissent prendre leurs dispositions. «Si l’obligation de prise en charge n’est pas maintenue, les assureurs-maladie complémentaires pourraient intervenir en élargissant l’offre de leurs produits», notait récemment le Conseil fédéral dans sa réponse à une interpellation de la conseillère nationale Rosmarie Zapfl (pdc/ZH).
les craintes des assureurs
Du côté des assureurs, on craint que la prise en charge des médecines complémentaires ne conduise à une hausse des coûts de la santé, donc des primes. Ils redoutent l’effet cumulatif de thérapies entreprises en sus de la médecine traditionnelle.
A ce stade, il ne s’agit cependant que d’une impression car les assureurs n’ont pas procédé à leur propre étude, estimant qu’elle ferait double emploi avec celle du PEK. Sur le fond, ils sont dubitatifs. «Je ne dis pas que ces méthodes ne marchent pas mais il sera difficile de démontrer leur efficacité avec des méthodes scientifiques, estime Yves Seydoux, délégué aux affaires publiques de santésuisse. L’effet placebo et la démarche personnelle entreprise par le patient jouent probablement un rôle dans les résultats obtenus».
Notons que tous les assureurs ne sont pas de cet avis. L’un d’entre eux, le directeur général de Swica, Hans-Ueli Regius, fait partie à titre personnel du comité d’initiative «Oui aux médecines complémentaires».
quatre francs par assuré
Pour Walter Stüdeli, les critères d’efficacité imposés par la loi ne sont pas pertinents. «Comment appliquer les méthodes scientifiques traditionnelles à des disciplines comme l’homéopathie où le choix du médicament varie selon la constitution du patient?», demande-t-il. Voilà pourquoi il estime qu’il faut en rester au critère de la formation: l’assurance de base devrait rembourser les médecines complémentaires appliquées par des médecins ayant suivi une formation supplémentaire ad hoc.
Quant aux coûts supplémentaires, ils seraient insignifiants. Citant les statistiques 2003 de l’Office fédéral de la santé publique, il note que les prestations de l’assurance de base se sont montées à 2424 francs par assuré en moyenne. Or, les médecines complémentaires ne comptent que pour 4 francs dans ce total. La guerre de religions ne fait que commencer.
De plus en plus, la «médecine naturelle» gagne en audience auprès de la population (ici à Mednat Expo 2002, à Lausanne). Mais le financement par l’assurance de base n’est pas encore assuré.
Christiane Imsand

