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Un psychiatre devant la justice pour avoir floué de 22 milli

Un psychiatre devant la justice pour avoir floué de 22 millions les caisses-maladie

La Liberté
Jeudi 31 mars 2005

Tessin · Le médecin a facturé pendant dix ans des soins et des séjours fictifs dans ses trois cliniques.

Le procès d’un psychiatre tessinois de 63 ans, accusé d’avoir floué de 22 millions de francs les assurances-maladie en facturant, de 1988 à 1998, de fausses prestations dans ses trois cliniques, s’ouvrira lundi prochain devant la Cour d’assises de Lugano. Le prévenu devra répondre d’escroquerie par métier. Le procès devrait durer jusqu’à la fin juin.

Le psychiatre, chef de trois cliniques au Tessin, avait été arrêté le 1er décembre 1998. En épluchant les quelque 170 000 journées de clinique facturées pendant dix ans, les enquêteurs ont découvert pour trois millions de francs de soins ambulatoires non prodigués et pour 19 millions de séjours en clinique inexistants. Une partie de l’argent a été investie aux Bahamas. Quelque dix millions de francs ont été saisis sur des comptes bancaires.

Après avoir passé une année en détention préventive, le psychiatre a été libéré contre signature d’une reconnaissance de dette. Il a dû rembourser immédiatement la moitié des dix millions aux assureurs-maladie. Son autorisation de pratiquer lui a été provisoirement retirée à fin 1998. Ses trois cliniques ont été rachetées par un groupe italien. Une centaine d’employés ont alors perdu leur emploi.

En raison de son état de santé, le psychiatre a passé presque toute sa détention à l’hôpital, ce qui a coûté presque 200 000 francs en surveillance, selon le commandant de police Romano Piazzini. Au fil des ans, il a effectué plusieurs séjours en clinique psychiatrique.

Dix millions remboursés

Au début mars 2005, le psychiatre a annoncé dans les journaux l’ouverture de son nouveau cabinet. Après dépôt d’un recours, il s’est en effet vu restituer son autorisation de pratiquer par la justice, une décision qui a laissé les médecins tessinois perplexes. Lorsque le quotidien dominical «il caffe» a révélé, le 20 mars dernier, que le psychiatre touchait une rente d’invalidité, l’Office cantonal de la santé est intervenu en bloquant le versement de l’argent.

Les avocats du psychiatre ont toujours voulu éviter un procès et espèrent la conclusion d’un accord à l’amiable avec les plaignants, à qui leur client a remboursé entre-temps près de dix millions de francs. Tous les recours qu’ils ont déposés depuis 1998, que ce soit pour vice de procédure ou pour obtenir la récusation des juges ou du jury, ont toutefois été rejetés. A l’annonce de l’ouverture du procès en février dernier, ils ont tenté à nouveau leur chance en accusant de partialité le troisième procureur en charge de l’affaire.