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« Les gens ne sont pas moins malades grâce aux médecines nat


Jeudi 21 avril 2005

Dans la guerre de religion sur les médecines alternatives, l’avis impartial d’un expert.

L’homéopathie et la médecine chinoise seront-elles encore remboursées par l’assurance de base au-delà du 30 juin ? Pascal Couchepin a promis de se déterminer sur la question avant cette date. Cinq médecines complémentaires sont dans le collimateur du patron du Département fédéral de l’intérieur: la médecine traditionnelle chinoise, l’homéopathie, la médecine anthroposophique, la phytothérapie et la thérapie neurale.

Il a commandé un rapport sur l’efficacité de ces méthodes, dont les conclusions sont à ce jour tenues soigneusement secrètes. On peut toutefois supposer qu’elles sont sévères. Aussi les partisans des thérapies naturelles prennent-ils les devants en donnant aujourd’hui une conférence de presse à Berne.

Tout ce qui touche aux médecines complémentaires ravive instantanément une guerre de Religion entre adeptes farouches et virulents détracteurs. Difficile de trouver des interlocuteurs neutres et sereins. Le professeur Dominique Sprumont en est un. Pour le directeur adjoint de l’Institut de droit de la santé de l’Université de Neuchâtel, « la confidentialité extrême entourant l’étude financée par la Confédération est malsaine ». Elle laisse entendre selon lui que « la méthodologie a peut-être été jugée discutable ». Ce qui ne va pas aider Pascal Couchepin à légitimer sa décision.

La Loi sur l’assurance maladie (LAMal) prévoit que pour être remboursées, des prestations de soins doivent être « efficaces, appropriées et économiques ». Le texte souligne: « Leur efficacité doit être démontrée selon des méthodes scientifiques ». Est-ce possible dans le cas des médecines complémentaires ?

Il est très difficile de déterminer des critères d’efficacité et d’utilité, car le regard que l’on porte sur les médecines complémentaires n’est jamais neutre. Pour leurs partisans, ces critères sont directement liés au sentiment de bien-être du patient. Ils mettent en avant une approche subjective de la santé. L’efficacité et l’utilité d’une thérapie, selon eux, se jaugeraient principalement à l’aune de la satisfaction des gens.

C’est-à-dire ?

Un patient peut avoir une perception négative du traitement prescrit par son médecin allopathe en raison des effets secondaires ou si le courant ne passe pas avec le praticien. Et ceci même s’il sort guéri. Inversement, un adepte des thérapies alternatives peut fort bien ne pas être guéri mais se sentir tout de même satisfait, car il prend en compte d’autres critères, comme l’écoute, l’attention, l’empathie.

Les médecines complémentaires ne soignent pas tout.

Non, et à ce titre, le glissement sémantique qui s’est produit en Suisse ces dernières années est significatif. Avant, on parlait de médecines « alternatives », ce qui donnait l’impression qu’elles peuvent se substituer à la médecine allopathique. Or ce n’est pas le cas. Elles lui sont complémentaires.

D’où tout le problème du remboursement de ces prestations par l’assurance de base.

Précisément. En absolu, si des thérapies sont complémentaires, elles sont forcément un surcoût.

Mais peuvent-elles, en exerçant une action préventive par exemple, épargner des frais conséquents par la suite ?

Des études menées en Suisse alémanique dans le cadre des assurances privées montrent que les personnes qui « consomment » des prestations de médecines complémentaires induisent bel et bien des coûts. Mais l’on n’a pas de chiffres qui permettraient de constater une baisse en parallèle des frais émargeant à l’assurance de base.

Ce qui signifie ?

Cela signifie que les gens ne sont pas moins malades, ou moins gravement, parce qu’ils ont recours aux médecines dites naturelles.

Il est rare d’entendre cela.

Parce que personne n’a intérêt à introduire dans le débat la dimension économique du problème. Indépendamment de l’efficacité de ces médecines naturelles, les assureurs privés veulent continuer à vendre leurs complémentaires. Les médecins qui se sont formés en naturopathie — et ont investi dans des cours, puis une formation continue — veulent rentrer dans leurs frais. Les consommateurs convaincus par les médecines douces veulent pouvoir faire le choix de ces thérapies. Quant aux prestataires de ce type de soins qui ne sont pas médecins, le remboursement par l’assurance de base leur assurerait un confort évident. D’où l’initiative qu’ils ont déposée.

Selon les derniers chiffres, les médecines complémentaires ne représentent que 0,16% de l’ensemble des coûts assumés par l’assurance de base.

En effet. Mais le volume global des coûts de la santé ne va pas diminuer. Faire des choix est indispensable. Si l’on rembourse les médecines complémentaires, faisons-le en toute transparence. Et en sachant que l’on devra peutêtre à cause de cela ne plus rembourser certains soins aux personnes âgées ou aux démunis.

PASCALE ZIMMERMANN