Unger assume les mauvais chiffres. A contrecœur

Vendredi 29 avril 2005
L’Hospice général a essuyé en 2004 des pertes qui ont plombé les comptes de l’Etat. Un trou de 46 millions, dont 17 dus à des dépenses sociales légales supplémentaires. Le reste est lié à des problèmes informatiques, de surfacturation à d’autres cantons et de mauvaises estimations comptables liées aux remboursements de l’assurance invalidité (AI). Quelle est la responsabilité du Département de tutelle ? Entretien avec le président du Département de l’action sociale et de la santé (DASS), Pierre-François Unger.
L’Hospice a annoncé hier qu’il fallait s’attendre, pour 2005, à un nouveau déficit de l’ordre de 40 millions. Votre réaction ?
Je ne me prononce pas sur la somme, car je n’ai pas de chiffres précis. Mais à la lumière des comptes 2004, il était prévisible que les comptes 2005 seraient affectés, puisqu’ils ont été conçus de la même mauvaise manière. J’ai donc demandé de reconstruire le budget 2005. Le fait de ne pas attendre décembre pour réagir représente une nouvelle positive. Ce qui me préoccupe, c’est l’explosion du nombre de personnes qui affluent vers l’assistance.
Comment le DASS, qui est le département de tutelle, n’a-t-il rien vu des mauvaises estimations des remboursements des avances AI ?
Il y avait des zones d’ombre depuis des années. L’objectif que nous nous sommes fixé avec la nouvelle direction depuis son entrée en fonction, l’an passé, a justement été d’identifier les problèmes. C’est fait et pas sans mal, on le voit dans les comptes. Même s’ils sont mauvais, ils sont « propres ».
Les comptes indiquaient des zones d’ombre depuis plusieurs années. Qu’avez-vous fait ?
D’abord, j’ai posé des questions. Les réponses étaient parfois satisfaisantes, parfois pas. On nous disait par exemple que l’informatique ne marchait pas. Juste après mon arrivée, en janvier 2002, j’ai lancé un audit sur « Progrès », le logiciel de l’Hospice. Résultat: on apprend que l’informatique est certes un peu vieillotte, mais surtout que les procédures internes, la prise de décision, les tâches et les attributions de chacun n’ont pas été définies. Dès 2003, le DASS a repris en main la gestion de l’informatique.
Face à l’incertitude des chiffres, demandez-vous à l’Hospice de provisionner ?
En 2001-2002, il n’y a pas d’évaluation chiffrée. Quand on découvre le chiffre final en 2004, on s’aperçoit qu’on aurait dû provisionner environ 3 millions par an. Mais jusqu’en 2003, ni l’Inspection des finances, ni le réviseur n’ont soulevé d’objections majeures sur les comptes. Alors que faire ? L’Hospice est autonome. Si je reviens à la charge sans cesse, je passe pour un emm …
A vous entendre, il n’y a pas de responsable.
Il y a une telle cascade de responsabilités qu’il est inutile de désigner un coupable. En plus, les hommes alors en place ont changé.
Si personne n’est responsable, c’est vous qui endossez la responsabilité des dépassements ?
Je ne récuse aucune responsabilité du chef du Département. Mais la gestion de l’Hospice est du ressort de sa direction et de son conseil d’administration. Celui-ci n’avait d’ailleurs pas manqué de le proclamer lors de l’épisode malheureux d’une nouvelle direction il y a deux ans.
En 2001, le conseiller d’Etat sortant, Guy-Olivier Segond, vous laisse entendre que le moment serait venu de renouveler la tête de l’Hospice, tant au niveau du président Torracinta et du directeur Cuénod. Vous y renoncez. Le regrettez-vous aujourd’hui ?
En 2002, j’ai un mois pour renouveler tous les conseils d’administration du DASS. Vu les difficultés de l’Hospice, je décide de ne pas ajouter à l’instabilité en changeant la direction et le président du conseil d’administration.
Il y a maintenant une nouvelle direction. Avez-vous un projet d’avenir pour l’Hospice ? Une intégration au DASS ?
Une intégration au DASS est exclue. Il est évident que les épisodes récents discréditent les organes de gouvernance de l’Hospice (n.d.l.r.: le conseil d’administration). Il y aurait beaucoup à dire sur ces organes prévus pour le beau temps, qui servent soit de salon de discussion entre gens bien élevés, soit de commission du Grand Conseil. Nous travaillons sur un projet de loi qui clarifie les responsabilités des uns et des autres (bureau, conseil, direction). Il faut aussi probablement diminuer le nombre de membres au conseil à dix ou en dessous. Tout sera dévoilé fin mai.
MARC BRETTON ET SOPHIE DAVARIS

