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Actelion devra se défendre contre le géant Pfizer


Vendredi 27 mai 2005

MEDICAMENTS. L’entreprise bâloise, malgré une forte déception en novembre 2004, a le soutien des investisseurs. L’année 2005 est rendue cruciale par l’arrivée de concurrents au médicament Tracleer.

Comme toujours dans ce genre de pari biotechnologique sur l’avenir, il y a les optimistes et les pessimistes. Certains analystes ont cru sur parole Jean-Paul Clozel, fondateur et président d’Actelion, lorsqu’il a annoncé, en février, une explosion des ventes de Tracleer d’ici à 2009. D’autres, soucieux de l’arrivée imminente de concurrents à ce médicament contre l’hypertension artérielle pulmonaire, en particulier Revatio, du géant américain Pfizer, affichent de solides réserves. C’est le cas d’Andrew Fellows. L’analyste d’Helvea conseille de réduire les positions en titres Actelion, alors qu’Erica Whittaker, de Merrill Lynch, met en garde contre la forte volatilité de l’action.

L’abandon, en novembre 2004, du développement de Veletri, préparation contre les défaillances cardiaques testée par 1760 patients, avait retenti comme un coup de tonnerre dans le ciel bleu d’Actelion. Le cours de l’action avait plongé, immortalisant une fourchette annuelle variant entre 157,50 et 98,50 francs. Jusque-là, l’entreprise bâloise, créée en 1997, débarrassée de son statut de start-up grâce au décollage des ventes du Tracleer, avait réalisé un parcours sans faute. Forte de 934 collaborateurs, désormais plus nombreux dans la vente que dans la recherche, Actelion est engagée dans une course contre la montre. Elle doit impérativement aboutir à d’autres succès basés sur l’analyse de certaines protéines qui enrobent la partie interne des vaisseaux sanguins.

Selon Jean-Paul Clozel, Tracleer devrait engendrer des ventes de 950 millions de francs en 2009, contre 449 millions en 2004. Cette progression de plus de 50% est justifiée par la prescription contre l’hypertension artérielle pulmonaire, mais aussi par trois indications complémentaires sur lesquelles Actelion fonde tous ses espoirs à court terme. Les études cliniques avancées concernent la fibrose pulmonaire, la formation d’ulcères (sclérodermie) et le cancer de la peau (mélanome). Ces résultats cliniques détermineront la croissance d’Actelion, dont 95% des recettes dépendent de Tracleer. Zavesca, le deuxième médicament sur le marché, concerne les rares patients affectés d’un dérèglement génétique rare, la maladie Gaucher de type I.

2005 sera une année cruciale pour l’entreprise bâloise. Elle devra tenir ses promesses sur une dizaine de produits en développement. Actelion est d’ailleurs à la recherche de collaborations semblables à celle conclue avec l’entreprise américaine Merck & Co dans la lutte contre l’hypertension par les inhibiteurs de rénine.

L’autre défi sera de contrer la vive concurrence attendue sur le marché de l’hypertension artérielle pulmonaire. Le prochain acteur sera l’américain Pfizer, numéro un mondial, fort d’un budget annuel de recherche de 8 milliards de dollars et d’une armée de vendeurs. Dans quelques semaines, les autorités de contrôle américaines (FDA) devraient donner leur feu vert à Revatio. Ce médicament, dont la substance active est la même que celle du Viagra contre l’insuffisance érectile, est manifestement efficace contre l’hypertension. L’important sera de savoir s’il sera prescrit en complément, ou à la place du Tracleer. David Moskowitz, de la banque d’investissement FBR, estime à 397 millions de dollars les ventes annuelles du Revatio en 2008, soit 88% du chiffre d’affaires actuel de Tracleer.

D’autres concurrents, issus de deux petites sociétés américaines, se profilent déjà. Le médicament dénommé Thelin, de l’entreprise Encysive Pharmaceuticals, au potentiel de 300 millions de dollars, est attendu en 2006. L’année suivante, Myogen, une start-up du Colorado, devrait montrer les dents. Actelion a tout intérêt à sortir ses griffes scientifiques et commerciales.