La santé mentale doit sortir de la stigmatisation

Lundi 30 mai 2005
Défis sanitaires Assemblée mondiale de la santé, priorités de notre continent, politiques globales de l’OMS … Le patron de l’OMS-Europe pose son diagnostic.
Aux lendemains de l’Assemblée mondiale de la Santé et de la réunion du « Conseil d’administration » de l’OMS, check-up des principaux défis sanitaires dans notre ligne de mire. Consultation chez le Docteur Marc Danzon, psychiatre de formation qui a troqué la blouse blanche pour le costume de Directeur général (DG) de l’Organisation mondiale de la Santé pour la « Région » Europe.
Un psychiatre à la tête d’une des plus hautes instances de l’OMS, cela n’a-t-il pas effrayé certains des fonctionnaires de l’Organisation ?
Ce n’est pas pour cela qu’ils m’ont élu. (rires) Il est vrai que ma spécialité médicale a sans doute fait un peu peur à certains … Mais il faut croire que je les ai rassurés. J’ai été récemment réélu … Et oui, il y a des gens élus à l’OMS ! Et pas seulement des DG comme on a tendance à le penser à Genève. L’OMS se subdivise en six grandes régions. Chacun des six continents est représenté par un DG. La région européenne rassemble le plus grand nombre de pays avec 52 Etats membres.
Les représentants de l’Organisation ont dû penser que, finalement, je n’étais pas si fou que cela puisqu’ils m’ont réélu pour un second mandat … (rires) Juste assez fou pour me lancer dans une telle aventure !
Vous êtes non seulement psychiatre mais aussi Français et Toulousain … Quel diagnostic portez-vous sur l’état de santé mental de vos compatriotes à l’issue
de la campagne pour le référendum ?
Il a indéniablement un problème dans les relations entre les Français et leur gouvernement. Ils devaient répondre à une question binaire. Rarement dans la vie, vous devez trancher entre le oui et le non ainsi. Le sujet était par ailleurs particulièrement ardu. Un texte compliqué qui nécessite de posséder une bonne vision globale des relations internationales.
Ce n’est donc pas étonnant que les indécis ont représenté près d’un quart des électeurs
jusqu’aux dernières heures avant le scrutin. Je trouve formidable qu’ils se soient heurtés à une telle difficulté dans leur choix car cela démontre du sérieux de leur réflexion politique. Les citoyens ont pris conscience de l’enjeu et ont montré qu’ils réfléchissaient avant de mettre leur bulletin dans l’urne. Réfléchir et débattre avant d’agir, c’est une grande preuve de maturité. Je ne suis donc pas trop inquiet quant à la santé psychique de mes compatriotes ! (rires)
En quoi l’adoption du nouveau règlement international sanitaire — âprement discutée par l’Assemblée mondiale de la Santé — est-elle capitale dans la vie des citoyens ?
Avec ce nouveau règlement sanitaire international, un pas considérable vient d’être franchi en vue d’une meilleure surveillance de l’épidémiologie. Il était essentiel de parvenir à la révision d’un texte qui n’avait pas été amendé depuis 1969 ! Un règlement qui date de l’époque de mes études ! Je me souviens très bien avoir potassé ce règlement dans le cadre de mon certificat d’hygiène et de santé publique. Vous imaginez, j’ai été reçu en 1975 !
Dans le monde globalisé d’aujourd’hui, ce RSI était largement dépassé. Jusqu’ici, les Etats n’avaient par exemple obligation de déclarer à l’OMS seulement trois maladies: le choléra, la fièvre jaune et la variole … Avec le SRAS, la grippe aviaire, le VIH-Sida, ce règlement était devenu inopérant.
Dans les rangs de l’OMS, on n’hésite plus désormais à parler d’une pandémie de grippe aviaire au futur … Faut-il s’inquiéter ? Peut-on estimer l’ampleur de cette épidémie qui nous attend ?
Ce sont nos techniciens qu’il convient d’interroger sur ce dossier. Ce que je peux dire, c’est que, dans une telle perspective, nous sommes guidés par un fil rouge: disposer des moyens nécessaires pour intervenir en cas de propagation de maladies infectieuses. mettre en place les procédures permettant de minimiser le nombre de morts comme de malades
Le post-tsumani est-il vraiment géré au mieux ? Des voix s’élèvent pour dénoncer les retards et l’inefficacité de l’aide apportée aux pays ravagés ?
Devant tant de morts, on ne peut qu’être qu’horrifié et se sentir démuni … Mais la « pulsion d’aide » qui vient du cœur doit nécessairement se transformer en management.
Je crois que l’OMS a été présente là où elle devait l’être et qu’elle a rempli sa mission … Une mission évolutive. Initialement, par définition, notre Organisation nétait pas naturellement porté vers l’aide humanitaire. Elle fait preuve d’un réel sens d’adaptation à ses nouvelles fonctions en étroite liaison avec d’autres agences de l’ONU. Dans le contexte posttsunami, il faut écouter les critiques et les demandes du président des Maldives, du ministre sri lankais des affaires étrangères comme des autres autorités des pays fauchés par cette tragédie.
Qu’a apporté la première conférence ministérielle européenne de l’OMS sur la santé mentale, à Helsinki, en janvier dernier ?
Il faut sortir la santé mentale de l’anonymat et du tabou complet dans lequelle elle se trouve. La psychiatrie est un domaine marginalisé, dans le monde médical, dans la société. On peut parler de la sexualité, cela ne pose plus problème mais dès que vous parlez de déséquilibres mentaux, alors là, c’est le malaise.
CLAUDINE GIROD

