Pascal Couchepin au cœur d’une tempête

Jeudi 23 juin 2005
ASSURANCE MALADIE Enquête parlementaire sur les liens entre un conseiller fédéral et un assureur.
La Commission de gestion du Conseil des Etats a décidé « d’examiner les reproches sur les liens supposés entre un important groupe d’assurances et le chef du Département fédéral de l’intérieur », qui fait l’objet, de surcroît, d’une nouvelle attaque de la part du directeur général d’Assura.
Le conseiller fédéral Pascal Couchepin vit un début d’été chahuté. Souvenez-vous: six jours après l’annonce du retrait de cinq thérapies de l’assurance obligatoire, le Groupe Mutuel lançait, à grand renfort de publicité, une nouvelle assurance complémentaire en matière de médecines alternatives.
Dans la foulée, le chef du Département de l’intérieur se faisait violemment prendre à partie par le directeur général d’Assura, Jean-Paul Diserens, qui l’accusait, dans une lettre ouverte, d’entretenir des liens privilégiés avec le Valaisan Pierre-Marcel Revaz, patron du Groupe Mutuel, et de l’avoir ainsi informé à l’avance des décisions prises dans le domaine de l’assurance maladie. Dans une interview au Matin dimanche, le ministre de la Santé, qui, avant de devenir conseiller fédéral, siégeait au conseil d’administration de la Mutuelle valaisanne dont le Groupe Mutuel est issu, démentait formellement ces allégations en les attribuant à la jalousie de « certains vieux féodaux de l’assurance maladie, qui tardent à réagir ». « Je suis scandalisé, poursuivait Pascal Couchepin, car, lorsque j’étais au conseil d’administration de la Mutuelle, je pense que nous aurions mis quatre jours et non six à réagir. »
Nouvelle attaque
Ces propos ont fait à nouveau bondir Jean-Paul Diserens, qui s’est fendu, le 21 juin, d’une deuxième lettre ouverte. En réitérant les accusations précédentes, il veut désormais apporter la preuve, documents à l’appui, qu’il faut bien plus que six jours pour obtenir une autorisation de la part de l’Office fédéral des assurances privées.
« Nous voulions lancer une offre analogue à celle du Groupe Mutuel et l’office nous a répondu qu’il lui fallait plus de deux semaines pour donner son accord, vitupère Jean-Paul Diserens. Je me demande comment le Groupe Mutuel est donc parvenu, en six jours, à mettre sur pied un produit, le calculer au plus juste, obtenir la caution fédérale et réserver les espaces publicitaires. Il est clair qu’il était informé à l’avance de ce qui allait se passer. C’est de la concurrence déloyale doublée d’un délit d’initié. Si Pascal Couchepin le nie et prétend maintenant qu’il l’aurait fait en quatre jours, c’est une galéjade ou un mensonge. Mais, dans les deux cas, c’est inadmissible de la part d’un conseiller fédéral. »
Vigilance fédérale
Ce pataquès, on s’en doute, n’a pas échappé à la vigilance des parlementaires fédéraux. Et, hasard du calendrier, c’est le même jour, mardi dernier, que la Commission de gestion du Conseil des Etats a confié à une sous-commission le soin d’établir si le Groupe Mutuel a profité ou non de « plusieurs mesures prises par le Département fédéral de l’intérieur ou par le Conseil fédéral dans le domaine de l’assurance maladie ». Dans un premier temps, elle entendra les services de Pascal Couchepin, puis décidera des suites à donner à son enquête.
Porte-parole du conseiller fédéral, Jean-Marc Crevoisier explique que son patron « n’a pas l’habitude de répondre aux lettres ouvertes, que Jean-Paul Diserens, s’il a un problème, peut s’adresser directement au Département de l’intérieur et, enfin, que Pascal Couchepin, qui se réjouit de démontrer la transparence de ses services, attend avec la plus grande sérénité de savoir si la sous-commission va décider ou non d’ouvrir une enquête ».
FEDERICO CAMPONOVO

