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Les assureurs promettent une forte hausse des primes maladie


Mardi 19 juillet 2005

SANTE. Le marchandage en vue des cotisations 2006 a commencé. Certains assureurs annoncent une hausse qui pourrait aller jusqu’à 10%. Coup de bluff ou danger réel?

C’est à la fin de ce mois que les caisses maladie déposeront leurs prévisions de primes pour 2006. Et, comme c’est souvent le cas à cette période de l’année, les enchères montent. Très haut: le chiffre de 8 à 10% est jugé «réaliste» par André Grandjean, membre de la direction du Groupe Mutuel. A l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), où l’on ne dispose pas des informations permettant de confirmer ou d’infirmer cette prévision, Daniel Wiedmer, chef suppléant de l’Assurance maladie, estime qu’une telle hausse serait politiquement «très problématique».

Elle contredirait en tout cas les prévisions: après des hausses modérées de 4,3% en 2004 et de 3,7% en 2005, Pascal Couchepin tablait en mai sur une augmentation des primes de 5% au maximum. Et elle paraîtrait sans doute d’autant plus amère aux assurés que leur quote-part a crû en 2005 (franchise minimale de 300 francs au lieu de 230, plafond de la participation aux frais d’hospitalisation de 700 francs au lieu de 600). Et que la décision vient d’être prise d’exclure les médecines complémentaires de la couverture de base.

Faut-il, donc, se préparer au pire? Les caisses, qui fourbissent leurs armes pour la discussion qu’elles entameront après la fin du mois avec l’OFSP, refusent en général d’articuler des chiffres définitifs. Toutes ne sont pas aussi pessimistes que le Groupe Mutuel. Une hausse de 8 à 10% paraît «un peu trop importante» à Stéphane Michel, de CSS. Qui ajoute toutefois que plusieurs petites caisses pourraient être d’un autre avis.

Pour Thomas Gammenthaler, à Visana, c’est la fourchette avancée jusque-là – de 3 à 5% – qui est clairement trop basse. Chez Assura, le directeur, Jean-Claude Diserens, refuse d’articuler des pourcentages. «Ils ne rendent pas compte d’une réalité très diversifiée. Dans certains cantons, j’espère pouvoir annoncer des primes pareilles à celles de 2005. Dans d’autres, cela risque de faire plus mal.»

C’est un point sur lequel tout le monde est d’accord: les coûts de la santé – et particulièrement des hospitalisations – ont connu un bond dans le canton de Berne, en raison notamment d’une modification dans la politique de subventionnement des hôpitaux.

La situation serait également délicate en Argovie. Au-delà, les chiffres disponibles ne permettent pas vraiment de fonder une hausse de primes pouvant aller jusqu’à 10%. Selon les statistiques de Santésuisse, les coûts de la santé ont connu en 2004, la dernière année pour laquelle on dispose de chiffres globaux, une hausse comparable à celle des années précédentes: 5,4%. Et c’est encore la même progression qu’on devrait enregistrer en 2005 si l’on se fie aux chiffres des six premiers mois.

L’association faîtière des caisses ne procède pas à ses propres estimations. Toutefois, relève sa porte-parole, Nicole Bulliard, il faut compter avec une hausse de primes égale à une fois et demie celle des coûts: les caisses doivent aussi augmenter leurs réserves et leurs provisions.

Ce calcul, qui pourrait justifier une hausse qui serait comprise entre 7 et 8%, semble un peu trop généreux à Daniel Wiedmer. On s’approche là de la discussion à venir entre caisses et Office fédéral de la santé publique, une discussion dont la perspective permet peut-être de mieux comprendre le ton alarmiste de certaines prédictions.

Même exagérées, ces dernières laissent toutefois craindre que, quel que soit finalement leur montant, les primes 2006 soient plus dures à avaler que celles de 2005. Particulièrement mise en cause, selon les assureurs, l’augmentation des coûts hospitaliers – +7,2% en 2004 selon Santésuisse.

Le directeur financier du CHUV, Luc Schenker, relativise. Les hôpitaux, relève-t-il, ont dû absorber ces dernières années les frais entraînés par la révision du statut des médecins assistants, dont le pensum hebdomadaire a été ramené à 50 heures. «Pour un établissement comme le CHUV, cela représente une cinquantaine d’engagements supplémentaires, que nous avons étagés sur trois années. On constate également une augmentation du nombre des opérations et des naissances. Mais nos prévisions pour 2006 sont nettement plus optimistes.»

Reste que certaines situations locales sont moins roses. Et que, comme le relève encore Daniel Wiedmer, les mesures élaborées par le Conseil fédéral pour tenter de maîtriser la hausse des coûts (participation aux frais de 20%, abandon de l’obligation de contracter, notamment), sont toujours en attente devant le parlement.