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L’Hospice a raison de renforcer ses contrôles


Mercredi 20 juillet 2005

Editorial

Prenez n’importe quelle institution chargée de distribuer de l’argent. Vous y trouverez immanquablement des gens prêts à soutirer indûment des fonds. Les abus, s’ils ne peuvent être évités, doivent être combattus et limités à des cas marginaux. Sinon l’ensemble du système sera décrédibilisé et remis en cause. C’est ce que l’Hospice général a bien compris, lui qui annonce un renforcement de ses contrôles à la rentrée.

La situation était-elle donc si grave ? Disons que l’institution ne passe pas pour un modèle de rigueur financière. Son dernier budget a explosé sans que les responsables n’aient vraiment tiré à temps la sonnette d’alarme. Nous en avons largement parlé dans nos colonnes.

Qu’en est-il de l’aide accordée par l’Hospice ? Selon les chiffres fournis par l’institution, une enquête sur deux aboutit à une modification du budget d’assistance. En clair: la moitié des personnes contrôlées abusaient plus ou moins de l’argent public. Relativisons cette proportion par le fait que les enquêtes sont menées avant tout sur des cas jugés douteux.

Il n’en reste pas moins que l’Hospice, par manque de rigueur, est parfois responsable des maux qui le touchent. Récemment, devant la justice genevoise, une assistante sociale a reconnu s’être fait gruger par un couple d’escrocs. Elle leur a payé leur loyer sur la base d’une photocopie de facture alors qu’elle aurait dû exiger un original. Il ne s’agit pas ici d’accabler les assistants sociaux qui font un métier de plus en plus dur et de moins en moins envié. Il ne s’agit pas non plus de « fliquer » l’institution.

Il s’agit avant tout de constater que l’aide envers les défavorisés s’est profondément transformée. Pour parler un peu crûment, on est passé de « l’artisanat » à « l’industrie sociale ». Le nombre de demandeurs a explosé et l’Hospice distribue aujourd’hui 221 millions par année.

Avec de telles sommes en jeu, on ne peut plus fonctionner à la bonne franquette. Le pouvoir politique s’en est aussi rendu compte et il pousse désormais à la centralisation informatique des données sur les aides sociales afin d’éviter les doublons. On n’y est pas encore mais la direction prise est la bonne. Une fois les mécanismes de contrôle renforcés, les abus deviendront plus difficiles. Ce qui ne peut que servir l’institution. Les Genevois ont la fibre sociale très développée. Ils l’ont encore manifesté pour l’aide aux chômeurs et aux handicapés. Mais ils n’admettraient pas longtemps que leur générosité soit dévoyée par des gens sans scrupule.

ARTHUR GROSJEAN