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Des hôpitaux aux destins liés


Lundi 29 août 2005

FRIBOURG. La directrice de la Santé vient de mettre en consultation son projet de réseau hospitalier. Pour elle, c’est l’œuvre d’une vie.

Le Réseau hospitalier fribourgeois (RHF) sera-t-il bientôt une réalité? On peut raisonnablement le penser. En lançant, vendredi passé, la seconde procédure de consultation sur son projet de loi en la matière, Ruth Lüthi entamait la dernière ligne droite d’un marathon qu’elle compte bien remporter. En effet, la conseillère d’Etat socialiste a fait de la réorganisation du système hospitalier une priorité absolue. Or, le temps presse. A la fin de 2006, elle rendra son tablier, après quinze ans à la tête de la Santé cantonale. La magistrate mettra donc toutes ses forces dans la bataille pour que la loi entre en vigueur avant cette date fatidique. Ce texte devenant ainsi, en quelque sorte, son testament politique.

Car, pour Ruth Lüthi, la planification hospitalière, c’est l’œuvre d’une vie. A son arrivée au gouvernement en 1992, la structure sanitaire cantonale est archaïque. Chaque district a son hôpital, où l’on propose tout et n’importe quoi. Patiemment mais fermement, la directrice de la Santé va opérer une rationalisation de l’offre, confortée dans sa position par la loi sur l’assurance maladie (LAMal) qui, dès 1994, oblige les cantons à réduire les coûts hospitaliers.

En 1997, l’Etat de Fribourg établit un rapport de planification, qui fait surgir trois pôles, trois hôpitaux dispensant une gamme étendue de soins, alors que les autres devront réduire leurs prestations. En 2003, enfin, la ministre présente son premier projet de réseau hospitalier, qui doit regrouper les différents établissements sous une seule administration autonome.

Tout ne va cependant pas sans mal. L’hôpital de Meyriez, dans le district du Lac, refuse de devenir un simple centre de soins et de réadaptation. Un compromis est trouvé, qui lui permet de garder des «soins aigus légers», moyennant une diminution de son nombre de lits.

Quel financement?

Par ailleurs, le financement du RHF pose problème. Assumé jusqu’à présent par les districts et associations de communes (60%) et par le canton (40%), il passera aux mains de l’Etat. Dans la première mouture du projet, deux solutions sont envisagées, qui ne trouvent pas grâce, tant aux yeux des milieux professionnels, des assureurs que des communes. Aussi le texte de 2005 prévoit-il une nouvelle variante: modifier la répartition des ressources fiscales entre Etat et communes. Le coefficient de l’impôt cantonal devra subir une augmentation, compensée par une réduction correspondante de l’impôt communal. Pour mémoire, le budget total des hôpitaux publics fribourgeois s’élève à 300 millions, pour 2000 postes de travail.

Selon Ruth Lüthi, en mettant en réseau ses divers hôpitaux publics, Fribourg va créer un système de santé axé sur la complémentarité des institutions. «La multiplicité des structures juridiques actuelles empêche une collaboration optimale avec les autres acteurs du domaine de la santé (EMS, soins à domicile, établissements psychiatriques) et complique aussi la collaboration entre les hôpitaux», relève-t-elle.

Géré par un conseil d’administration et une direction unique, le RHF sera autonome, mais restera sous la surveillance du Grand Conseil, qui tiendra les cordons de la bourse. Il devrait favoriser les économies d’échelle tout en maintenant, voire améliorant la qualité des prestations sanitaires.

La procédure de consultation est ouverte jusqu’à fin octobre. Ensuite, la loi devrait passer devant le Grand Conseil au début 2006, de façon à ce que le RHF entre en vigueur au terme de la législature. Un timing qui permettrait à Ruth Lüthi d’aborder la retraite avec le sentiment du devoir accompli.