The Lancet dans le débat sur l’homéopathie

Vendredi 26 août 2005
ÉTUDE SUISSE PUBLIÉE Cette enquête compare l’efficacité de cette médecine à celle d’un placebo.
L’homéopathie repose sur un effet placebo. C’est la conclusion d’une étude de l’Université de Berne, réalisée sur commande de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), qui sera publiée samedi dans la revue scientifique britannique The Lancet. Une nouvelle vague après la polémique déjà suscitée par la décision de Pascal Couchepin de rayer cinq médecines alternatives du catalogue des prestations remboursées par l’assurance de base.
« Ces petites pilules blanches sont-elles efficaces ou leur effet est-il plutôt basé sur la relation du patient avec son médecin et la conviction que le traitement fonctionne ?» C’est la question que Matthias Egger, de l’Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Berne, s’est posée. Pour y répondre, ce professeur et son équipe ont passé trois ans à éplucher toutes les études déjà publiées sur les effets de l’homéopathie et les ont comparées avec celles se penchant sur l’allopathie.
Résultat, beaucoup de travaux montrent un effet positif de ces traitements. Mais Matthias Egger précise immédiatement: « Si on analyse les études de grande qualité (n. d. l. r .: scientifique), on note que l’homéopathie n’a pas d’effet. » Cette conclusion avait déjà été reprise dans le rapport final PEK (Programme d’évaluation des médecines complémentaires), sur lequel Pascal Couchepin s’était appuyé, en juin dernier, pour annoncer le retrait de cinq médecines complémentaires du catalogue des prestations remboursées par l’assurance de base.
Pour mémoire, ce rapport a fait couler beaucoup d’encre et suscité de nombreuses critiques. Bruno Ferroni, président de la Société suisse des médecins homéopathes (SSMH), s’insurge: « Deux autres études, réalisées dans le cadre du programme PEK, montraient au contraire des effets positifs de l’homéopathie mais elles n’ont pas été retenues dans la version définitive du rapport final. »
Controverse en Angleterre
La controverse rebondit cette fois outre-Manche. L’étude de Matthias Egger annonce-t-elle la fin de l’homéopathie ? Le chercheur lui-même ne le pense pas: « The Lancet va publier un éditorial pour le dire, mais ce n’est pas vrai. L’homéopathie, c’est une question de croyance et nos conclusions ne vont pas faire changer beaucoup d’opinions. »
Les défenseurs de l’homéopathie, eux, ont déjà réagi à ces critiques. Sur son site internet, la SSMH répond aux conclusions du scientifique par un argumentaire en 21 points. « Cette étude évalue l’homéopathie symptomatique, qui ne correspond pas aux traitements effectués dans nos cabinets, résume Bruno Ferroni, président de cette société. De plus, Matthias Egger ne mentionne pas vingt-deux autres méta-analyses réalisées dans le monde entier et donnant des résultats contraires à la sienne. » Réponse du principal intéressé: « C’est clair, ceux qui pratiquent l’homéopathie croient que cela marche et ne vont pas accepter mes conclusions. » La controverse n’est pas terminée.
CAROLINE ZUERCHER

