Santé: une alliance fragile pour soutenir le putsch

Mercredi 31 août 2005
Editorial
Après plus de cinq ans de surplace en matière de réforme de la santé, on accueillerait presque le projet de la commission des Etats avec jubilation. Enfin quelque chose qui ressemble à une idée ! A un début de négociation politique ! Après les échecs navrants de la seconde révision de la LAMal et sa très poussive résurrection sans imagination par Pascal Couchepin, les assurés restaient sur leur faim. Difficile de s’accommoder des haussements d’épaules impuissants des autorités, incriminant la fatalité de l’augmentation de l’espérance de vie. Surtout quand on doit encaisser année après année des hausses de primes sapant son pouvoir d’achat. Les sénateurs ont tenté de se charger du travail que le Conseil fédéral n’avait pas fait. C’est à mettre à leur crédit.
L’enthousiasme risque pourtant d’être de courte durée. On voit bien que la belle unanimité de la commission a une origine: le retour par la fenêtre du « financement moniste des hôpitaux », mis deux fois à la porte par le parlement et par le Conseil fédéral. Cette réforme forcerait l’autonomisation des établissements. Elles les éloigneraient des pouvoirs publics pour les livrer aux assureurs. Ce pas est officiellement réclamé par tous les partis bourgeois, talonnés par les assureurs.
Les plus sages ont toutefois à cœur de préciser qu’il s’agit là d’un objectif « à long terme », soit agendé pour les calendes grecques. Tout reste en effet à construire, notamment la séparation des soins individuels, de la formation, de la recherche, de la santé publique, etc. L’intérêt général ne correspond pas à celui des marchands de polices complémentaires, seuls bénéficiaires potentiels d’un naufrage du système social. Mais les travaux des Etats ont été menés par les plus éminents représentants des caisses parmi ceux qui colonisent la Chambre des cantons. Ceci explique cela. A gauche, on voit dans le projet une aubaine pour faire un pas vers une planification stricte de la démographie médicale et des équipements hospitaliers. Cela a suffi pour faire une alliance aux Etats. Difficile de dire si cette dernière sera viable à l’air libre.
Reste que le parlement sera incité à bouger par deux aiguillons: l’initiative UDC pour réduire massivement les frais remboursés, et celle, soutenue par la gauche, en faveur d’une caisse unique. Plus question de perdre des années dans les atermoiements.
ADRIEN BRON

