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Vous êtes-vous bien disputés en vacances?


Mercredi 31 août 2005

MOEURS. Septembre est un mois faste pour les thérapeutes du couple. Explications de Willy Pasini et Serge Vidal.

C’était une belle soirée d’été, entre amis, sous la treille. Puis François a proposé une virée en discothèque et Doris a accepté avec un peu trop d’enthousiasme aux yeux de Leo. Il a regardé sa femme s’éloigner avec le groupe. Il l’a trouvée bien plus veloutée et rieuse qu’avec lui, durant l’année. Il s’est demandé pourquoi et il est devenu désagréable.

«Les vacances offrent de bonnes occasions au partenaire dominé de s’émanciper», dit Willy Pasini, en évoquant la scène ci-dessus comme un grand classique de la vie de couple durant la pause estivale. «Les corps sont plus nus, les sens plus à vif, on fait des comparaisons, on voit les autres fonctionner autrement…» Sans compter que les éventuels déséquilibres relationnels se doublent d’une inégalité libidinale objective: «La mer et la chaleur sont bonnes pour le désir, mais pas pour la vasodilatation.» L’érection de monsieur est mieux assurée à la montagne.

Le célèbre sexologue italo-genevois le répète dans son dernier livre*: le pire ennemi du couple, c’est la routine. D’un autre côté, il est bien obligé de constater que les vacances, ce moment suspendu où tout peut être réinventé, sont une période à risque, dont beaucoup ressortent bronzés dehors, usés dedans par les tensions et les disputes. Ainsi, pour les thérapeutes du couple, septembre est un mois faste: «C’est la période où l’on vient panser les plaies de l’idéalisation des vacances», dit Willy Pasini. «C’est un mois où les demandes de rendez-vous augmentent car les vacances ont agi comme un catalyseur», ajoute Serge Vidal, qui, avec sa femme Carolle, exerce à Bruxelles et publie des livres sur la communication dans le couple.

Les deux spécialistes s’accordent à relever le malentendu le plus douloureux sous le soleil: en matière de relations, les vacances ne sont pas «réparatrices» mais «révélatrices». Ainsi, ceux qui ont passé l’année à enfouir leurs ressentiments sous le tapis ne peuvent s’attendre qu’à une chose: les voir éclater comme une méduse sur le sable chaud.

Mais les vacances réservent des épreuves même aux couples raisonnablement solides. Exemple. Le besoin «tout à fait légitime» de se séparer l’un de l’autre est naturellement satisfait durant l’année, note Serge Vidal, alors qu’en vacances, il faut se quitter volontairement: «Malheureusement, beaucoup de gens n’osent pas prendre des moments pour eux, craignant que leur partenaire ne les soupçonne de désamour.»

Autre situation fragilisante: le voyage en voiture. «Ah, sujet délicat!», soupire le psychothérapeute belge: «Le nœud du problème, c’est que beaucoup d’automobilistes masculins identifient leur comportement au volant à leur manière d’être un homme. Remettre en question le premier, c’est toucher à la seconde. C’est gros comme une montagne, mais bien réel: l’enjeu sous-jacent, c’est l’angoisse de castration.» D’où la scène classique du chauffeur paumé qui insiste pour trouver son chemin tout seul, sans demander de l’aide: «Echouer dans cette situation est exactement aussi pénible pour lui que de débander», précise encore Serge Vidal, d’une voix qui vibre soudain des accents du vécu. «Comme il perd confiance, il devient agressif, et la voiture devient la scène de conflits disproportionnés.» Pour les éviter, comprendre ce qui se joue lors de ces petits drames est très utile, conseille Serge Vidal. En attendant le déclic, madame est conviée à réassurer monsieur sur sa virilité. «Dites-lui par exemple: tu es un amant merveilleux. Est-ce que tu pourrais conduire moins vite? Que voulez-vous, avec les hommes, il faut parfois y aller à la louche!»

Dans leur dernier livre intitulé Comment bien se disputer en couple?**, Serge et Carolle Vidal-Graf énumèrent les sujets de conflit les plus fréquents: la répartition des tâches, l’argent, la famille d’origine, les loisirs, les enfants, la sexualité, autant de terrains où le couple en vacances est confronté au risque de voir se rompre un équilibre précautionneusement élaboré. Qui va faire les valises des enfants? Est-il bien raisonnable de dîner tous les soirs au restaurant? Etait-ce une bonne idée de répondre à l’invitation de belle-maman?

D’un autre côté, les auteurs rappellent qu’une bonne prise de bec de temps en temps est indispensable à la santé de la relation: «Les couples les plus en danger sont ceux qui ne se disputent jamais.» Encore faut-il parvenir à dire sans violence ce qu’on a sur le cœur, et à écouter l’autre sans l’interrompre: «Pour apprendre à bien se disputer, les vacances sont un moment idéal», conclut Serge Vidal. Ce qui ne veut surtout pas dire qu’on peut se passer d’exercice durant l’année!

Willy Pasini, lui, s’en tient à son message phare: cultivez la «séduction intraconjugale», du lundi au dimanche, été comme hiver. Faites-vous beaux les soirs de semaine à la maison, et pas seulement le week-end pour sortir. Ou les soirs d’été sous la treille.

* Willy Pasini, «Le couple amoureux», Ed. Odile Jacob, 354 p.

** Serge et Carolle Vidal-Graf: «Comment bien se disputer en couple?» Ed. Jouvence, 108 p. A paraître fin septembre.