LAMal: remake des affaires Swissair et Rentenanstalt

Mercredi 28 septembre 2005
Editorial
Pourquoi les primes augmentent-elles plus vite que les coûts de la santé ? Pourquoi certains cantons enregistrentils des hausses sans commune mesure avec l’évolution des dépenses ? Comment les caisses séparent-elles les frais des lucratives assurances complémentaires (publicité, marketing, etc.) de ceux de l’assurance sociale ? Comment sont gérées les réserves, parfois parfaitement exorbitantes ? Pour toutes ces questions, on est prié de faire une confiance aveugle aux quelques rares personnes qui, dans l’administration, doivent garantir la correction de ces nouvelles vaches sacrées du système suisse que sont les assureurs maladie. Et cela fait dix ans que cela dure.
L’affaire rappelle trait pour trait la surveillance que l’Office fédéral de l’aviation civile était censé effectuer sur la défunte Swissair, ou celle de l’Office fédéral des assurances privées sur les fondations collectives de prévoyances telles que celles gérées par la Rentenanstalt. C’est gênant. L’assurance maladie plombe le niveau de vie des Suisses. La légitimité pour exiger un tel effort est insuffisante. Dans le même temps, on constate que certains patrons de caisses ont construit de jolies fortunes en occupant le terrain de l’assurance maladie « sociale et obligatoire ».
Dans cette affaire, l’Etat fédéral a quasiment démissionné. Pascal Couchepin s’est fait une spécialité de bricoler dans l’incurable. De mesurettes en petits larcins dans la poche des assurés, son action a un fil rouge: gagner chaque année un peu de temps pour réduire de quelques pour cent la prochaine hausse.
Au parlement, la situation est pire encore. Impossible de ne pas voir un lien de cause à effet entre la présence d’une colonie d’administrateurs de caisses au Conseil des Etats et l’impossibilité d’arriver à une quelconque réforme. Ils prônent avec une belle constance des idées dans lesquelles l’intérêt général passe par pertes et profits. De quoi faire passer pour un moindre mal le fait qu’elles finissent régulièrement dans le mur. Même parmi les plus fervents défenseurs d’un parlement de milice, cette situation fait rougir.
Toute réforme profonde sera douloureuse. Que ce soit en limitant le nombre de prestataires et en créant des embouteillages pour les patients, ou que ce soit en biffant des prestations remboursées. Mais d’ici là, il y a beaucoup à faire. Notamment dans le financement du système. Rappelons que si les Suisses se sentent saignés, la main publique — tous cantons confondus — a plutôt limité l’argent versé dans la santé, ces dernières années.
ADRIEN BRON

