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Les cantons se rebellent: « Les assurés paient trop cher »


Mercredi 28 septembre 2005

SUISSE Incompréhension.

Le Valais est fâché. Très fâché. Ses habitants vont subir de plein fouet une augmentation de 5, 6 % de leurs primes d’assurance maladie, alors même qu’ils n’ont coûté que 1, 4 % supplémentaire en frais de santé. « C’est un scandale !», s’est insurgé publiquement Thomas Burgener. Il faut dire que le socialiste haut-valaisan, chef du Département de la santé, s’est mis la moitié du canton à dos avec sa planification sanitaire et l’installation de son Réseau santé Valais. Il espérait sans doute justifier les mesures drastiques qu’il a prises – notamment la fermeture d’unités entières dans les hôpitaux – en offrant à la population des primes avantageuses.

« Les assureurs n’ont pas tenu compte des mesures prises par le canton pour stabiliser les coûts », a-t-il déclaré à l’ATS. « Les primes annoncées n’ont plus aucun rapport avec les coûts réels de la santé en Valais. » Constat largement partagé à Genève par Pierre-François Unger. Les assureurs affirment que la courbe ascendante des primes suit de manière régulière celle des coûts ? « Ce n’est qu’un mensonge !», tonne le conseiller d’Etat chargé de la Santé genevoise.

La règle qui prévaut chez les assureurs maladie veut qu’à chaque pour-cent d’augmentation des coûts de la santé corresponde 1, 5 % de hausse des primes. Pierre-François Unger s’interroge: « Quel événement médical peut justifier une telle marge de manœuvre ? Une épidémie exceptionnelle, à la rigueur. Encore qu’en pareil cas, la Confédération pourrait débloquer des crédits urgents. »

Chiffres édifiants

En situation normale, rien n’explique ce différentiel aux yeux du gestionnaire de la santé genevoise. Dans un effort de conciliation, Thomas Burgener veut bien, lui, se plier à cette règle: « Mais alors pour le Valais, la hausse des primes devrait être de 2 % environ, et pas de 5, 6 %. En outre, à Zurich, les coûts ont augmenté de 8, 5 % et les primes de 4, 5 %. Ceci démontre bien que les primes sont complètement déconnectées des coûts. »

« Depuis quatre ans, nous constatons à chaque annonce des primes l’absence de corrélation entre celle-ci et les coûts réels de la santé. » Les chiffres cités à l’appui de cette déclaration par Pierre-François Unger sont édifiants. En 2000, les frais se sont accrus de 4 % alors que les primes ont renchéri de près de 5 %. L’année suivante, c’est l’inverse: les coûts s’envolent (+ 7, 85 %), la hausse des primes est en deçà (+ 5 %).

En 2002, retournement spectaculaire de situation: hausse des coûts de 1, 8 %, augmentation des primes de 8, 2 %. La tendance se confirme en 2003, avec un accroissement des frais réels de 1, 5 %. Le versement obligatoire à l’assurance de base s’alourdit, lui, de 7 %. Quant à l’an dernier, les primes ont cette fois été plus légères (+ 2, 3 %) que la facture (+ 4, 2 %).

Réserves constituées en douce

« On a le sentiment que les caisses, au lieu de répercuter la baisse des coûts sur les assurés, se constituent des réserves en douce. » Le conseiller d’Etat genevois précise: « En 2004, 21 caisses actives à Genève sur 27 ont constaté une différence positive entre les réserves prévues dans leur budget et celles effectivement constatées dans leurs comptes. Les variations allaient de 3, 9 % à 77 %. Et il s’agissait d’une grande caisse, qui a ainsi mis à l’ombre plusieurs millions sur le dos des assurés genevois. » Les assureurs nient ? « Je ne fais que lire leurs propres chiffres, c’est tout !» rétorque le magistrat.

PASCALE ZIMMERMANN

Eviter le coup d’assommoir en optant pour un réseau de soins

« Comment réduire ma facture d’assurance maladie ?» Cette question, la plupart des assurés se la posent chaque année, dès l’annonce de la hausse des cotisations.

Les modèles d’assurance alternatifs, type réseaux de soins ou HMO (Health Maintenance Organisation) peuvent être un moyen pour faire des économies. La règle consiste à consulter d’abord son médecin de famille. Ce dernier décide ensuite si l’assuré doit être dirigé vers un spécialiste ou non. Réduction de prime … en prime.

Or, selon le site comparis. ch « beaucoup d’assurés n’adhèrent pas à ce type de systèmes, car ils sont mal informés. »

Rabais de 25 % chez Delta

Ainsi, bien que 83 % des assurés aient un médecin de famille, ils ne sont que 10 % environ à avoir opté pour un système de managed care en Suisse. « La plupart des gens veulent conserver leur médecin et les assureurs ne font guère de publicité pour encourager les réseaux de soins », constate une collaboratrice du Service genevois de l’assurance-maladie.

Cela est d’autant plus regrettable, toujours selon comparis. ch, que « différentes études montrent que les systèmes d’assurance alternatifs permettent, à qualité de soins égale, de faire baisser les dépenses de santé jusqu’à 30 %. »

A Genève, « on compte deux réseaux (Delta et Cosama), ainsi qu’une HMO (Swica )», informe le Dr Marc-André Raetzo, qui se réjouit de la bonne santé de Delta – groupe restreint d’une bonne cinquantaine de médecins – où il s’active depuis de nombreuses années: « Notre réseau travaille avec la CSS, le Groupe Mutuel et Helsana. Ce partenariat porte ses fruits puisque le nombre d’adhérents augmente constamment et que nous devrions ainsi pouvoir offrir la prime la moins chère du canton en 2006. »

Chef d’agence principale de la CSS, l’assureur Thierry Philippe confirme l’intérêt pour ce réseau: « A Genève, 9000 de nos 32 000 assurés l’ont adopté. Cette proportion a doublé en 4 ans. La bonne gestion de Delta nous a permis de faire passer les rabais de primes de 20 % à 25 %. On le voit bien: tout le monde y trouve son compte. C’est un système d’avenir. »

Petit bémol toutefois: tant le patron du Département de l’action sociale et de la santé, Pierre-François Unger, que Pierre Chavier, secrétaire général de l’Association des médecins de Genève, avertissent: « Cela peut être en effet un bon système … A condition qu’il soit librement consenti. » Pierre Chavier de préciser: « Nous sommes hostiles aux réseaux pilotés uniquement par des assureurs qui veulent juste réaliser une bonne opération commerciale en attirant de nouveaux clients. » (lb)