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Coûts de la santé: l’idée de solliciter davantage les «aînés


Jeudi 29 septembre 2005

ASSURANCE. Avenir Suisse reprend le projet, déjà évoqué, d’augmenter les primes des personnes âgées. Mais le monde politique n’est pas prêt à enterrer le principe de solidarité entre les générations.

Les personnes âgées devraient payer des primes maladie plus importantes que les jeunes. C’est le sulfureux remède que préconise le «think tank» économique Avenir Suisse pour enrayer l’explosion des coûts de la santé. L’idée n’est pas nouvelle, elle a déjà été plusieurs fois évoquée par les caisses maladie ou par Pascal Couchepin, mais elle fait souffler un vent de scandale sur le monde politique car elle torpille un des principes phares de la LAMal (loi sur l’assurance maladie), celui de la solidarité entre les générations. Si Avenir Suisse et les assureurs estiment que rééquilibrer les charges entre les tranches d’âge est le seul moyen de conserver la cohésion sociale, d’autres dénoncent la discrimination des «vieux».

Quatre milliards de francs, c’est le montant annuel des coûts générés par les personnes de plus de 60  ans que les plus jeunes portent sur leurs épaules. Sans réforme, ces charges pourraient atteindre 10 milliards en 2030. Au lendemain de la publication des primes maladie, Avenir Suisse y va de son diagnostic, mais aussi de sa thérapie, pour mettre un frein à l’envolée des coûts de la santé et des primes. Le constat est simple: les assurés âgés grèvent le système sanitaire. Une personne de 85 ans recevrait des soins pour une valeur dix fois supérieure à ceux d’une personne de 30 ans. La solution est logique: faire payer davantage ceux qui consomment le plus. Du côté du Groupe Mutuel on est d’accord avec cette approche, d’autant plus qu’on estime aujourd’hui le pouvoir d’achat des personnes âgées supérieur à celui des 18-25 ans. «Près de 80% des personnes subventionnées ont moins de 45 ans», affirme André Grandjean, membre de la direction de la caisse.

Pour un rééchelonnement des primes

A Berne, la proposition d’Avenir Suisse, comme celles qui l’ont précédée restent taboues. Le monde politique planche depuis plusieurs années sur le délicat problème des coûts de la santé engendrés par les aînés. Pascal Couchepin avait lancé, en juillet, l’idée d’un troisième pilier uniquement dévolu à l’épargne pour les EMS. Le projet de créer une assurance de soins fait également son bonhomme de chemin, mais sans grand succès. «Nous préférerions créer une nouvelle classe d’âge pour les primes, par exemple de 26 à 40 ans, plutôt que d’avoir une nouvelle assurance», estime-t-on du côté du Groupe Mutuel. Alors que certaines caisses assurent qu’un palier supplémentaire pourrait facilement être mis en place dans le système actuel, la volonté politique ne suit pas encore. Pascal Couchepin déclarait d’ailleurs dimanche dernier dans la presse qu’il serait «politiquement impensable» d’augmenter les primes pour les personnes âgées.

Chez Santésuisse, on pense aussi qu’un nouvel échelonnement des primes serait une solution qui réglerait de nombreux points dans le domaine de la compensation des risques. «Mais le débat doit avoir lieu de manière raisonnable et non pas sur un plan idéologique. Une telle mesure devrait de plus s’accompagner d’un système de subventionnement pour les cas les plus lourds. L’un compensant l’autre», estime Yves Seydoux, porte-parole de l’organe faîtier des assureurs maladie.

Pour le conseiller national radical zurichois Felix Gutzwiller, «ce projet peut contribuer aux discussions. Mais il ne s’attaque pas à la base du problème qui est une offre trop importante». Son collègue vaudois Yves Guisan peste: «C’est le retour au système d’avant la LAMal. Les personnes âgées ne peuvent pas payer davantage et ce sont les collectivités publiques qui devront les subventionner», avance le conseiller national qui ne voit de solution à long terme que dans une transparence accrue des systèmes des caisses et de la santé. «On peut davantage faire participer les aînés aux coûts des soins, mais pas à l’assurance de base», conclut-il.

Le socialiste Stéphane Rossini dénonce la mise au panier du principe de solidarité. «C’est le retour à la charité, s’exclame-t-il. Cette idée discrimine une partie de la population et réinstaure la prime au risque, donc un système d’assurance privée et non plus sociale». Pour le Valaisan, la hausse de la contribution des personnes âgées aux coûts de la santé ne résoudra pas tout: «Quoi qu’il arrive, le contribuable ou l’Etat devra payer pour elles.»