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«Ces primes ne sont plus défendables»


Vendredi 30 septembre 2005

En ce temps de hausse des primes, le président de la Fédération des médecins suisses (FMH), le Genevois Jacques de Haller, prend le contre-pied du discours dominant. La croissance des coûts est inévitable: il faut l’accepter et revoir le financement, écrit-il dans le dernier bulletin de la FMH. Il s’en explique.

Les primes explosent parce que les coûts de la santé ne cessent d’augmenter, disent les caisses-maladie. Or, vous écrivez qu’une «croissance contrôlée des coûts est parfaitement acceptable». Parce que ce n’est pas vous qui payez les factures?

Jacques de Haller: – Je ne dis pas que tous les coûts sont justifiés, et il y a sans doute des économies à faire ici ou là. Mais je m’oppose à l’idée qu’on puisse bloquer durablement la hausse. Elle est de 5,5% par année chez nous, elle est à peu près du même ordre en Allemagne, aux Pays-Bas et dans tous les pays industrialisés.

»C’est le prix d’une population qui vieillit, avec une médecine toujours plus performante, à laquelle on demande toujours plus. La hausse des coûts est un fait de société.

Il n’y a donc rien à faire?

Je le répète, cette hausse doit être contrôlée, mais la «croissance zéro» est une utopie. Cessons donc, comme on le fait ces jours, de chercher des boucs émissaires: un jour les médecins, un autre jour les hôpitaux ou les caisses-maladie. La hausse va continuer. A la limite, même en biffant la moitié du catalogue des prestations en médecine ambulatoire, la prime ne baisserait que de quelques francs par mois. Mais il faut revoir le financement de ces coûts.

Vous contestez le système actuel?

Demander 400 ou 500 francs par mois à chaque membre d’une famille, indépendamment de son revenu, ce n’est plus défendable. Une bonne partie de la population vit sous une pression financière inacceptable, sans parler de la gymnastique de subventions qu’il a fallu mettre en place. Il faut un autre financement.

Avec une caisse unique et des primes en fonction du revenu? Ce serait un discours nouveau, pour la FMH.

Soyons clairs, la FMH n’a pas défini sa position, et le débat ne fait que commencer. Mais je n’exclus pas que le point de vue soit en train d’évoluer, dans le monde médical et dans la population. Avec la Suva (principal assureur-accidents de Suisse, ndlr), nous avons très peu de problèmes. Cela ne veut pas dire que le même modèle soit utilisable pour les cas de maladie, mais nous devons réfléchir à des solutions, avec tous les partenaires concernés. Seul, on ne peut rien faire.

Patrice Favre