Freiner les coûts: les Suisses n’y croient plus

Vendredi 30 septembre 2005
Plus de quatre Suisses sur cinq sont convaincus que les coûts de la santé vont continuer à augmenter et s’attendent donc à une augmentation de leurs primes. Mais cela ne les empêche pas de continuer à approuver le système en place: comme en 1994, année où la nouvelle Loi sur l’assurance-maladie (LAMal) avait été approuvée par 52% des Suisses, 52% des personnes interrogées en juillet dernierpar l’institut gfs.bern sur mandat d’Interpharma jugent la loi positivement.
«Evidemment, si les personnes étaient interrogées cette semaine, juste après la publication des hausses de primes, les réponses seraient différentes, admet le politologue Claude Longchamp, responsable de gfs.bern. Mais dans un mois, on retrouverait nos résultats.»
Reste que, pour 42% des sondés, payer les primes représente un problème occasionnel ou durable. La tendance globale est stable depuis 2000, mais il y a eu un déplacement: les factures de dentistes sont désormais jugées problématiques par 45% de ceux qui ont des problèmes à régler les factures.
Interrogés sur les causes possibles de l’augmentation des primes, les sondés ne donnent aucune réponse claire: 18% incriminent les caisses-maladie, qui arrivent pour la première fois en tête de ce classement, 17% mettent en cause les coûts administratifs et pour 16% d’entre eux, ce sont les patients simulateurs qui sont responsables.
Les hôpitaux ne sont cités comme cause que par 7% des sondés et le vieillissement de la population par 5%. A ce propos, 68% des personnes plébiscitent un système de primes indépendant de l’âge des assurés, tandis que 26% ne rejettent pas la possibilité d’un échelonnage lié à l’âge.
L’idée d’une caisse unique gagne en revanche des partisans, qui passent de 36% en 2000 à 56% en 2005. «Attention, prévient Claude Longchamp: il ne s’agit pas d’un pronostic de votation, mais d’un indicateur d’opinion, résultant d’un mécontentement et qui recouvre tout le spectre politique».
Si on demande aux Suisses comment ils pourraient, eux-mêmes, faire des économies, aucune réponse nette ne se dégage. «La disponibilité à être plus responsable et autonome n’augmente plus depuis trois ans, elle diminue même légèrement», note Claude Longchamp, pour qui cette conclusion est logique: «Pourquoi les assurés seraient ils d’accord de faire un effort pour baisser les coûts, s’ils croient que personne n’y parviendra? Ce serait irration nel! Au contraire, des primes élevées encouragent des attentes élevées face aux prestations à percevoir».
Ainsi, près de 55% des Suisses refusent toute atteinte au libre choix du médecin, au catalogue de base des prestations et à l’accès à de nouveaux médicaments et nouveaux traitements. Comme en 2001, ils sont aussi 35% (contre 18% en 2004) à réclamer une extension du catalogue de prestations, tandis que la part de ceux qui réclament une diminution passe de 12 à 6% entre 2004 et 2005.
En revanche, Pascal Couchepin est suivi par une majorité de Suisses (51%, proportion en légère hausse) qui approuvent le remboursement des médecines alternatives par le biais d’assurances complémentaires et non par le catalogue de base.
Les Suisses seraient également d’accord de payer eux-mêmes les médicaments prescrits pour les petits bobos. Et, tandis qu’ils pensent que les systèmes de franchise et de participation aux frais ne récompensent pas assez les «bons comportements», 48% sont favorables à des primes plus élevées pour les fumeurs.
«Dans le domaine de la santé, les solutions radicales n’ont aucune chance. Les Suisses sont attachés à des prestations de qualité et facilement accessibles. Une médecine moins chère oui, mais sans perte de qualité», conclut Claude Longchamp.
Zurich, Ariane Gigon Bormann

