La caisse unique fait son trou

Vendredi 30 septembre 2005
SANTÉ Une enquête montre que les Suisses ne sont pas prêts à renoncer à la quantité et à la qualité des soins pour économiser les coûts de la santé. Face à la hausse des primes et à la peur de perdre leurs acquis, ils sont désormais une majorité à soutenir l’idée d’une caisse unique.
Sur les 1229 personnes interrogées pour le « Moniteur 2005 de la santé » 52 % estiment que le bilan de la LAMal est plutôt positif. Or, dans le même temps, 56 % se sont dit convaincus du bienfondé de confier à une caisse unique la gestion de l’assurance obligatoire des soins. Ce sondage annuel a été réalisé en juillet par l’Institut de recherche bernois Gfs pour le compte d’Interpharma, l’association suisse de l’industrie pharmaceutique.
« Alors que les coûts de la santé ne cessent d’augmenter, de moins en moins de gens se disent en bonne santé », a relevé hier à Zurich Claude Longchamp, directeur de l’Institut Gfs. bern. Ce paradoxe n’est peut-être pas étranger à la grogne des assurés. « Personne ne s’attend aujourd’hui à ce que les coûts de la santé puissent être baissés, mais les gens ont peur de perdre leurs acquis », ajoute le politologue. En effet, selon le « Moniteur 2005 de la santé », les Suisses qui souffrent de plus en plus du poids des primes maladie, sont peu enclins à abaisser leurs exigences. « Des primes élevées n’incitent pas les assurés à faire des économies, comme on l’espérait. Au contraire, elles nourrissent des attentes élevées », poursuit Claude Longchamp. Le « Moniteur 2005 de la santé » montre les principales tendances des citoyens face à la santé:
» La récente initiative du ministre de l’Intérieur Pascal Couchepin de retirer les médecines alternatives de l’assurance de base devrait être assez bien acceptée par la population, si l’on en croit le sondage. Dans le même temps, la proportion des sondés (35 %) souhaitant élargir le catalogue de prestations couvertes par l’assurance de base a de nouveau augmenté pour retrouver le niveau de 2001. Le pourcentage de personnes favorables à une réduction s’est inversement réduit de moitié à 6 % en un an.
» La liberté de choix du médecin et de l’hôpital reste un sujet tabou. 84 % des sondés estiment qu’il ne faut pas la limiter. Par ailleurs la qualité des soins médicaux a encore gagné en importance: elle passe avant une réduction des coûts pour 86 % des personnes interrogées, contre 73 % en 2004. De manière générale, on craint de plus en plus de voir les prestations baisser avec un système de santé assujetti aux règles de l’économie.
» Des économies ponctuelles
sont néanmoins envisageables. Les Suisses accepteraient à 70 % (+ 8 %) de prendre des médicaments génériques au lieu du produit de marque, et 53 % de payer eux-mêmes les médicaments pour les maladies bénignes.
» Un grand potentiel d’économie réside dans les frais d’administration des caisses maladie, selon 64 % des assurés, puis dans les hôpitaux privés (46 %) et enfin au niveau des pharmacies et des médicaments (42 % chacun).
» Une meilleure répartition des moyens disponibles au sein du système de santé est également demandée: moins de moyens pour la gestion des caisses maladie et des hôpitaux privés, davantage pour la médecine alternative, les soins dispensés à domicile (Spitex) et la recherche pharmaceutique.
» Les récriminations contre les primes sont en régression pour la première fois, il n’en reste pas moins que 42 % des assurés disent avoir des problèmes liés au paiement de celles-ci.
» Les assureurs sont de plus en plus montrés du doigt. A la différence des trois dernières années, ce ne sont plus les « patients simulateurs » qui sont rendus responsables des coûts élevés des primes, mais les caisses maladie, en particulier leurs frais administratifs, qui sont à l’origine de cette situation.
» L’image négative des caisses maladie ainsi que les augmentations des primes rendent l’idée d’une caisse unique de plus en plus séduisante aux yeux des citoyens. Ainsi 56 % de citoyens (contre 52 % en 2004) sont en faveur de cette solution, indépendamment de leur orientation politique ou de leur situation géographique.
» L’idée d’un système bonusmalus séduit quant à elle toujours près de trois quarts des Suisses (72 % contre 74 % en 2004) qui attendent que les assurances récompensent les comportements favorisant la santé. Par ailleurs, une personne sur deux (48 %) demande un malus pour les fumeurs. Mais sanctionner les obèses ne convainc pas (31 %).
» Parmi les acteurs de la santé, les gagnants en termes d’image sont les associations de consommateurs et de patients. Et dans une moindre mesure les responsables politiques. Les fournisseurs de prestations font presque systématiquement l’objet d’un jugement négatif. Mais ce sont les médecins qui continuent à s’en tirer le mieux.
ZURICH / MONIQUE KELLER

