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Les enfants séropositifs demeurent en marge des traitements


Mercredi 30 novembre 2005

Santé · En Afrique, les enfants continuent à payer un lourd tribut à la pandémie.

Il y a quatre ans, Refilwe observait sa petite fille, dont le corps minuscule était ravagé par le virus du sida. «Ce jour de Noël, je la regardais et je me disais: demain, Dieu prendra soin de mon bébé.» Mais, aujourd’hui, grâce aux antirétroviraux, Jennifer est une fillette pleine de vie. Ces traitements peuvent permettre aux jeunes patients séropositifs de grandir en bonne santé. Mais nombreux sont ceux qui sont laissés au bord de la route, alors que les Nations unies estiment à 2,2 millions le nombre d’enfants contaminés par le virus dans le monde. Avant la Journée mondiale de lutte contre le sida, demain, l’organisation lance une campagne pour les enfants.

Dans les pays riches, les thérapies ont permis à de nombreux patients d’atteindre l’âge adulte, voire de fonder une famille. Mais l’immense majorité des malades d’Afrique subsaharienne n’ont toujours pas accès à ces traitements. Or, ces régions abritent plus de 85% des enfants de moins de 15 ans atteints de la maladie. Moins de 1% des petits patients contaminés sont traités. Sans médicament, la plupart meurent avant leur cinquième anniversaire.

Le Botswana, premier pays africain à proposer un traitement gratuit à tous ceux qui en ont besoin, est l’un des rares à soigner les enfants par le biais du service public. Il s’enorgueillit du premier centre pédiatrique du continent consacré au sida, géré par le Baylor College of Medicine, de Houston (Texas) et financé par le géant pharmaceutique Bristol-Myers Squibb. Cet établissement moderne et lumineux, aux murs décorés de dessins d’écoliers, fournit à quelque 1400 enfants africains les mêmes soins que ceux dispensés aux Etats-Unis. «Ce centre est l’affirmation politique que les enfants aussi méritent le meilleur», souligne son directeur, le Dr Gabriel Anabwani. Mais même au Botswana, où environ 5000 jeunes sont traités, les autorités reconnaissent qu’il y a plus de choix pour les adultes. Pour l’heure, seuls cinq des 32 dispensaires du pays proposant des antirétroviraux soignent les enfants.

Transmission

Dans la plupart des cas, c’est la mère qui transmet le virus à son bébé, alors qu’il existe des moyens simples et efficaces pour réduire le risque de transmission pendant l’accouchement: une dose de nevirapine donnée à la mère dès le début du travail, puis au nouveau-né, peut réduire la transmission d’environ 50%. Aux Etats-Unis, où ce médicament est utilisé en combinaison avec d’autres traitements, ce taux est de moins de 2%. Mais seuls 10% des femmes enceintes y ont accès dans le monde.

Trop souvent, le virus n’est pas dépisté à temps chez les enfants, regrette le Dr Anabwani. Au Botswana, où plus d’un tiers des adultes sont contaminés, les petits séropositifs ont souvent perdu un ou leurs deux parents. Autre obstacle, médical cette fois-ci, le dépistage lui-même.

Enfin, peu de recherches ont été consacrées aux enfants. De fait, certains médicaments ne sont pas adaptés à leur cas. Les plus jeunes ne peuvent avaler des pilules et les versions liquides ne sont pas toujours disponibles. Sur les 20 médicaments aujourd’hui accessibles, seuls 12 sont à usage pédiatrique et sept destinés aux moins de deux ans, selon la Fondation Elizabeth Glaser contre le sida. Et ces traitements sont huit fois plus chers que leur version adulte.

Alexandra Zavis