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Que les bonnes caisses attirent les «bons risques» ne déplaî


Mercredi 30 novembre 2005

Autre gros dossier en permanence sur la table du chef du Département fédéral de l’intérieur, les coûts de la santé. Pascal Couchepin vient de convaincre la commission sociale du Conseil des Etats d’abandonner son projet de financement global des soins hospitaliers et ambulatoires. On en revient donc aux seuls hôpitaux, à financer à parts égales par les cantons et les assureurs.

Le système de la commission des Etats était-il si mauvais?

C’est un système «moniste»: tout le financement passe par les assureurs. Ce n’est, en soi, ni bon ni mauvais. Ce que j’ai expliqué à la commission, c’est qu’il n’est intéressant que s’il débouche sur la liberté de contracter entre assureurs et prestataires (médecins, hôpitaux). L’opinion publique n’y étant pas prête, on risquait de tout faire capoter.

Même dans le seul secteur hospitalier, les cantons passeront-ils facilement au financement par prestation?

Ils préparent depuis plusieurs années une tarification des prestations qui s’appliquera à tous les établissements. On ne remboursera plus des journées hospitalières mais, par exemple, une appendicite au tarif d’un hôpital considéré comme «bien géré». Cela encouragera la qualité des soins et évitera la prolongation inutile des séjours hospitaliers.

Cette pratique amène une transparence qui permettra des comparaisons. Je n’aime pas le mot «planification», mais si un hôpital dépasse systématiquement les coûts de référence, le canton peut réagir, chiffres à l’appui.

Vous demandez «à terme» la liberté de contracter. Quand les médecins n’y seront plus opposés?

Je ne comprends pas le président de la Fédération des médecins suisses (FMH), qui ne veut pas de médecins fonctionnaires dans un système étatisé, mais qui revendique le droit de tout médecin à être remboursé par les caisses. Et pourquoi pas, dit-il, dans le cadre d’une caisse unique, c’est-à-dire au service d’un seul maître!

Dans un système de santé où l’on dépense 25 milliards par an, avec des exigences de qualité, d’innovation et de concurrence internationale, l’Etat ne peut pas régler tous les détails. Il fixe les règles du jeu et exerce un contrôle, mais ensuite, il faut une marge de souplesse et de liberté.

La commission des Etats maintient, en revanche, un élargissement de la compensation des risques entre caisses, pour éviter la sélection des «bons risques». Pourquoi s’y opposer?

L’an dernier, le parlement a prolongé de cinq ans la formule actuelle – basée uniquement sur le sexe et l’âge des assurés – jugeant délicat et compliqué de tenir compte aussi de leur état de santé. Il fallait avancer prudemment et de manière scientifique. Quelques mois plus tard, on veut tout bouleverser…

Il y a aussi, là derrière, la volonté de certains assureurs de faire valoir une sorte de droit à l’existence éternelle. Il faut plutôt faire en sorte que les caisses travaillent bien, que les meilleures attirent de nouveaux clients et que les autres réfléchissent à leur stratégie.

On va augmenter la quote-part des assurés qui prendront un médicament original plutôt qu’un générique. Pourquoi ne pas promouvoir les «cercles de qualité» qui, avec une concertation permanente entre médecins et pharmaciens, réalisent des économies substantielles?

Ce qui se fait dans ces cercles, notamment à Fribourg, suscite mon admiration. Mais cela nécessite un gros engagement, qui tient à la qualité des personnes. Si on doit y entrer parce qu’il le faut, mais sans conviction et en traînant les pieds, mieux vaut y renoncer. CI/FNU