Le diagnostic préimplantatoire, pas pour n’importe qui

Jeudi 15 décembre 2005
MEDECINE. Le DPI n’entrerait en ligne de compte que dans des situations particulières, insistent les spécialistes de la génétique médicale.
«Les généticiens de Suisse se félicitent de la décision du Conseil des Etats de charger le Conseil fédéral de réglementer le diagnostic préimplantatoire (DPI).» Au lendemain du vote positif de la Chambre des cantons, qui s’est alignée sur la position adoptée en juin par le Conseil national, Marie-Claude Addor, généticienne au Service de Génétique Médicale du CHUV, à Lausanne, estime que le maintien de l’interdiction actuelle aurait été «contraire à l’éthique, pénalisant des familles qui devaient avoir recours aux centres européens où le DPI se pratique depuis de nombreuses années ou alors les contraignant à se contenter d’un diagnostic prénatal, avec interruption de la grossesse en cas de résultat anormal.»
Les opposants avertissent déjà des dangers qui guettent: une forme douce d’eugénisme, le fantasme de l’enfant génétiquement parfait, l’obsession du risque zéro.
Pas d’analyse globale
Risque-t-on de voir des couples désireux de choisir le sexe de leur enfant ou la couleur de ses yeux, comme semblent le craindre certains des opposants au DPI? Marie-Claude Addor le dément fermement. Et rappelle que le diagnostic préimplantatoire relève d’une démarche médicale bien réglementée, applicable dans un contexte très spécifique. «Le DPI ne peut être envisagé que si le risque génétique est réel, et réalisé que s’il est techniquement possible.»
«Il existe une multitude de maladies qui ne peuvent pas, à l’heure actuelle, être diagnostiquées par une analyse génétique, les gènes impliqués n’étant pas encore connus», rappelle Marie-Claude Addor. C’est dire que le diagnostic préimplantatoire n’offre un recours, pour l’heure du moins, que dans des cas clairement ciblés. «Cela pourrait concerner environ une centaine de familles en Suisse», avance Marie-Claude Addor. Pas question, donc, de pratiquer un «screening», une analyse globale des gènes, juste pour savoir.
En clair, le DPI n’entre en ligne de compte que pour des couples qui se savent porteurs d’une anomalie génétique entraînant un risque élevé de donner naissance à un enfant atteint de la même maladie génétique, souvent incurable et d’une gravité reconnue. «Pour ne citer que quelques exemples, on pourrait considérer la mucoviscidose, le retard mental lié au chromosome X, certaines myopathies», note Marie-Claude Addor. Souvent, ces couples ont eu un premier enfant atteint, et c’est à cette occasion qu’ils ont appris qu’il était porteur d’une anomalie génétique.
Travail psychologique
«Je pense que si le DPI se limite à pallier le risque de récidive d’une maladie génétique grave, il n’y a pas de danger d’une dérive eugéniste. Enfin, un diagnostic préimplantatoire implique un processus lourd et la fécondation in vitro n’aboutit à la naissance d’un enfant que dans 25% des cas.»
Il reste que les questions strictement médicales ne sont pas les seules à devoir être prises en considération, estime la doctoresse Suzanne Braga. Cette Bernoise, coprésidente de la Société suisse de génétique médicale, qui avoue son «scepticisme» sur le diagnostic préimplantatoire, estime que les aspects psychologiques et sociaux ne sont pas assez pris en compte. Médecin et psychothérapeute, Suzanne Braga a beaucoup pratiqué le «conseil génétique», expliquant à des couples la portée de certaines informations sur leur patrimoine génétique pour leur permettre de prendre des décisions en connaissance de cause.
«Je vois que les médecins ne sont pas assez préparés pour prendre en charge les autres aspects. Souvent, à l’occasion d’un diagnostic prénatal, les gens veulent tout savoir, pour ne prendre aucun risque. Mais ce n’est pas possible. Il y a donc tout un travail psychologique avec le couple.»
Ce travail est d’autant plus important que les enseignements que peut révéler une analyse du patrimoine génétique peuvent être difficiles à assimiler pour celui qui les reçoit. «Nous sommes tous porteurs de plusieurs mutations génétiques qui peuvent être nuisibles à notre santé. Mais tout ne se ramène pas à la génétique. Le mode de vie, l’alimentation jouent un rôle important aussi.»

