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Première suisse: un hôpital tolère l’assistance au suicide d


Samedi 17 décembre 2005

Suisse Ethique médicale. L’Hôpital universitaire vaudois (CHUV) est le premier de Suisse à autoriser un patient à se donner la mort dans ses murs, avec l’aide de l’association Exit.

L’Hôpital universitaire vaudois (CHUV) est le premier de Suisse à autoriser un patient à se donner la mort dans ses murs, avec l’aide de l’association Exit.

Exit pourra entrer au CHUV. L’établissement universitaire lausannois est le premier hôpital de Suisse à adopter un règlement autorisant la venue d’une organisation d’aide au suicide pour satisfaire la demande d’un patient dans l’impossibilité de rentrer chez lui. Les conditions sont strictes et la procédure est contrôlée de bout en bout par l’institution.

On peut annoncer la nouvelle de deux manières: le CHUV entrouvre la porte à Exit, ou: le CHUV dit «non, mais. . . » à l’assistance au suicide. Quelle que soit la formulation, l’adoption, par l’Hôpital universitaire vaudois de soins aigus, d’une directive institutionnelle réglant l’aide au suicide fera date. «C’est un changement de culture, je parlerais même d’une révolution culturelle», affirme le Dr René Chioléro, médecin-chef des soins intensifs du CHUV et président de sa Commission d’éthique.

«Nous avons réaffirmé que ce n’est pas dans notre mission de faire ça et que la porte entrouverte ne le sera que de manière exceptionnelle et très restrictive», insiste le Dr Chioléro. La direction du CHUV rappelle que la question de l’aide au suicide ne se pose que très rarement, lorsqu’un patient se trouve dans l’impossibilité de rentrer chez lui. Ces cinq dernières années, l’hôpital a été confronté à trois demandes.

Conditions strictes

Le patient n’aura la possibilité de faire appel à Exit qu’après une évaluation de la demande. Si cette dernière remplit les conditions requises (persistance de la demande, maladie incurable et fin proche, capacité de discernement, alternatives proposées sous forme de soins palliatifs, geste accompli par le patient), elle sera ensuite soumise à la Commission d’éthique. Aucun soignant, médecin ou infirmière, ne pourra être contraint de participer à la démarche et l’aide au suicide, qui n’est pas une activité médicale, ne sera pas effectuée par le personnel mais par des accompagnants extérieurs.

L’entrée en vigueur de la directive, le 1er janvier prochain, constitue l’aboutissement d’un long processus de réflexion démarré en 2003. Le cas d’une patiente assistée par Exit dans un camping-car faute d’avoir pu l’être dans l’établissement où elle était hospitalisée avait fait grand bruit et interpellé le monde médical. Alors patron de la santé publique vaudoise, le conseiller d’Etat Charles-Louis Rochat avait prié la Commission d’éthique du CHUV de se pencher sur la question.

La directive du CHUV s’inscrit dans un contexte balisé par les prises de position de l’Académie suisse des sciences médicales (février 2004) et la Commission nationale d’éthique (juillet 2005). Au nom du respect de la volonté et de l’autonomie du patient, toutes deux ont admis l’aide au suicide (art. 115 du code pénal) mais celle-ci ne doit en aucun cas devenir routinière et reste exclue dans le contexte de maladies psychiques. Les activités des organisations d’aide doivent être surveillées. «Les hôpitaux ont été invités à se positionner tout en restant libres d’autoriser ou non l’aide au suicide», précise le Dr Jean-Blaise Wasserfallen, directeur médical adjoint du CHUV et président du groupe de travail chargé de rédiger la marche à suivre.

Président d’Exit Suisse romande, le Dr Jérôme Sobel se félicite de la prise de position du CHUV. «Nous avons obtenu ce que nous souhaitions. Un immense travail de réflexion, dans un esprit de tolérance, a débouché sur une ouverture dans les situations où les personnes ne sont plus transportables. »

Francine Brunschwig