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S’estimant sous-payés, les urologues vaudois font la grève d


Mercredi 25 janvier 2006

GROGNE Les médecins sont à bout. Après les généralistes, qui vont descendre dans la rue, c’est au tour des spécialistes vaudois — urologues en tête — de refuser la baisse des tarifs qu’on leur impose.

Moins qu’un plombier Le Dr Predrag Banic évoque la note de 127 francs d’un plombier venu quinze minutes dans son cabinet pour vérifier un tuyau, soit. . . 7 francs de plus que pour une opération de l’adénome de la prostate d’une heure et demie. «La comparaison est humiliante pour notre profession. »

HÔPITAUX VAUDOIS – Les spécialistes, urologues en tête, refusent d’opérer à des tarifs qui ont diminué de moitié.

«J’en suis à ma cinquième sonde. J’en ai plus que ras le bol, ce n’est pas drôle», raconte Georges Peneveyre, 83 ans, qui attend depuis fin octobre de pouvoir subir une ablation partielle de la prostate dans un hôpital régional vaudois afin de pouvoir enfin à nouveau uriner normalement. «Successivement deux urologues à Morges et à Nyon m’ont dit qu’ils faisaient grève. Lorsque j’ai raconté ça à mon entourage, on n’a pas voulu me croire et à Genève, où je me suis adressé, on n’en revenait pas!»

120 francs l’opération!

Pour cause de rémunération insuffisante et qualifiée d’humiliante par les urologues vaudois — 120 francs pour une opération de l’adénome de la prostate (augmentation du volume de la prostate qui provoque des troubles urinaires, n. d. l. r. ) qui prend tout compris au moins une heure et demie, et ceci depuis le 1er janvier 2005 —, ces derniers ont décidé fin novembre dernier de ne plus opérer dans les établissements hospitaliers régionaux membres de la Fédération des hôpitaux vaudois, et d’envoyer les patients au CHUV.

Résultat des courses: Georges Peneveyre entre mardi prochain aux HUG à Genève pour se faire opérer le lendemain 1er février. «Je suis en chambre commune mais heureusement mon assurance me permet d’être opéré partout en Suisse. »

Le conflit touche tous les spécialistes vaudois, dits «médecins agréés», qui travaillent dans les hôpitaux régionaux (Nyon, Morges, Yverdon, Payerne, Saint-Loup, Montreux et Monthey) mais les plus concernés sont les urologues. L’Association vaudoise des spécialistes en urologie, dont sont membres la vingtaine d’urologues pratiquant dans le canton, a écrit en septembre dernier déjà aux différentes instances concernées pour les avertir que si les tarifs n’étaient pas réadaptés, ils cesseraient d’opérer.

«A 48 ct. le point pour la médecine opératoire, soit la moitié de ce que nous recevions précédemment et qui était déjà trois ou quatre fois inférieur aux tarifs pratiqués dans la plupart des autres cantons, c’est carrément indécent», explique posément le Dr Predrag Banic, président de l’Association des urologues vaudois.

Pour appuyer ses dires, il exhibe la note d’un plombier dont le récent passage de quinze minutes dans son cabinet pour vérifier un tuyau est facturé 127 fr. ! «La comparaison est humiliante pour notre profession. » Le Dr Banic, qui affirme se battre pour tous les spécialistes, dénonce aussi le manque d’empressement de la Fédération des hôpitaux vaudois à empoigner le problème. «On laisse traîner. »

«Pas de solution»

Secrétaire général de la Fédération des hôpitaux vaudois (établissements privés d’intérêt public), Robert Meier le reconnaît: «C’est vrai, nous n’avons pas trouvé de solution. » Il admet aussi «que la rémunération est insuffisante». La situation conflictuelle résulte de la mise en place d’un nouveau système de rémunération entre médecins-chefs de l’hôpital, désormais salariés, et les médecins agréés, payés à l’acte.

Les tarifs pour les soins ambulatoires ne font pas problème, par contre ceux de médecine dite stationnaire (opérations nécessitant un séjour à l’hôpital) ont diminué de moitié. «Nous ne parlons pas de grève mais du refus de travailler dans ces conditions humiliantes», affirme le Dr Banic, qui souhaite que les patients puissent rapidement à nouveau être opérés dans leurs hôpitaux de proximité.

S’il n’y a pas de risque à devoir attendre six à dix semaines avant de pouvoir opérer un adénome de la prostate , il n’en va pas de même lorsqu’il s’agit de pathologies oncologiques. «Nous avons établi des listes de priorités», explique le Dr Marc Wisard, urologue au CHUV. «On opère les cancers en premier. En ce moment, vu les délais d’attente de trois à quatre semaines, il nous arrive de devoir bouleverser le programme en cas d’urgence. »

FRANCINE BRUNSCHWIG