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Genève se mobilise et traque les oiseaux morts


Mardi 28 février 2006

La permanence des gardes de l’environnement est prise d’assaut par des habitants inquiets.
Une trentaine de volatiles morts ont été ramassés. Cinq oiseaux suspects seront analysés à Zurich.
Les cantines scolaires boudent le poulet. Les jardiniers de la Ville appelés à la prudence.


Gardes de l’environnement au bord de la crise de nerfs. Hier, deux d’entre d’eux ont assuré la permanence téléphonique cantonale pour informer une centaine de Genevois inquiets au sujet de la grippe aviaire. Ils ont aussi envoyé leurs 17 collègues sur le terrain afin de ramasser une trentaine d’oiseaux morts: en fin de journée, cinq animaux étaient jugés suspects. Parmi eux, des foulques et un harle bièvre, soit la même espèce que la bête contaminée découverte mercredi dernier. Les volatiles trouvés dans la rade seront analysés cette semaine dans un laboratoire à Zurich afin de savoir s’ils sont porteurs du virus H5.

Deux cadavres au Jardin anglais

14 h, dans les locaux de la permanence à Plainpalais. Philippe Rosset ne perd pas son humour: «On va bientôt nous appeler au sujet des plumes contenues dans l’édredon. » Il faut dire que le garde de l’environnement a été réveillé à 4 h 40 par un employé de la voirie lui signalant un. . . pigeon mort. Comme son collègue, Pascal Bonfils, l’homme a passé la journée à rassurer un public très divers: la retraitée inquiète pour son chat mangeur de mésange, le propriétaire de bateau interloqué par les fientes de mouettes salissant ses cordages et le baigneur se demandant si les puces d’eau pouvaient transmettre la maladie à l’homme. «On a une feuille de réponses type, mais si ça devient trop technique, on renvoie notre interlocuteur vers les bureaux du vétérinaire cantonal», explique Pascal Bonfils.

Un conducteur, qui a percuté un cygne hier matin sur le pont de la Coulouvrenière a également appelé d’urgence la permanence. Ce dernier avait l’intention de désinfecter sa voiture maculée du sang de l’animal. «Je lui ai dit qu’un passage dans un tunnel de lavage ferait l’affaire», sourit le garde de l’environnement.

Vers 15 h, un appel plus inquiétant. Un passant signale un «canard mort» au bout du Jardin anglais. L’alerte est lancée. Une demi-heure plus tard, Jean-Pierre Perruchoud, garde de l’environnement, découvre un harle bièvre, le ventre blanc à l’air. A côté du canard sauvage, flotte une foulque sans vie, le bec dans l’eau. A bord d’un canot de la police de la navigation, le fonctionnaire récupère les cadavres avec une épuisette et les glisse dans un sac-poubelle. Les animaux sont acheminés à Carouge au centre intercommunal des déchets carnés. Des prélèvements seront faits sur place avant d’être envoyés dans un laboratoire spécialisé. Les premiers résultats pourraient arriver cette semaine.

Le nombre d’animaux morts risque d’augmenter ces prochains jours. Fort ce constat, le maire de la Ville Manuel Tornare invite les employés des espaces verts à faire preuve de prudence. «Ils ne doivent pas toucher les cadavres», précise-t-il en sortant d’une séance de crise «grippe aviaire». «Ils veilleront aussi à ce que les passants ne laissent pas leur chien manger les oiseaux morts. »

Quant aux cantines scolaires, le conseiller administratif, en charge de ce dossier, n’a pas «formellement» demandé d’interdire la volaille dans les menus. «Mais par précaution et de leur propre initiative, les cuisiniers et les associations, gérant ces cantines, n’en servent plus. »

Fedele Mendicino

Le canton se prépare au pire

Aujourd’hui la population genevoise n’a aucune raison de s’inquiéter. Mais il en sera autrement si, un jour, le virus mutait, devenant transmissible directement d’être humain à être humain. C’est alors que devrait être appliqué le plan d’action en cas de pandémie sur lequel travaille le Service genevois de la santé.

Responsable de ce dossier, Philippe Sudre, médecin cantonal délégué pour les maladies transmissibles, confirme que la situation n’a pas changé pour la santé humaine.

«On peut être rassurant car la situation n’est pas inquiétante actuellement, poursuit le médecin. Mais il faut être clair: si la pandémie éclate — dans six mois ou dans cinq ans — il y aura un risque sanitaire majeur. »

Pour y parer, le plan prévoit un programme général d’organisation et de fonctionnement sur lequel viendront se greffer différents plans par secteur: écoles, hôpitaux, Genève internationale…

Les mesures extrêmes à prendre (par exemple la fermeture des écoles ou l’interdiction des manifestations) ne sont pour l’heure que des hypothèses de travail. Car tout dépendra au final de la transmissibilité du nouveau virus et de sa virulence.

Eric Budry

Les principales questions qui taraudent les Suisses

Hier, les centrales d’appels cantonales et fédérales ont reçu des centaines de questions. En voici quelques-unes.

Existe-t-il un vaccin pour se protéger de la grippe aviaire?

Non, il n’existe pas de vaccin pour l’homme. Mais le virus H5N1, qui n’est pas transmissible d’homme à homme, ne peut être transmis d’un animal à l’homme que dans certaines circonstances très limitées. C’est surtout par le contact avec un animal malade, ou avec ses fientes, que le virus peut se transmettre à l’homme.

Dois-je m’abstenir de manger de la volaille? Des œufs? Même à la coque?

Il n’y a aucun risque à manger de la volaille bien cuite. Le virus ne survit pas à une température de plus de 70 degrés. Dès lors, un poulet ou un canard normalement cuit, même au cas peu probable où il serait infecté, ne présente aucun risque de contamination. De même pour les œufs. Mieux vaut éviter de gober des œufs crus ou à la coque.

Dois-je prendre des précautions pour nettoyer mon salon, où deux pigeons — qui ont profité de la fenêtre ouverte pour entrer — ont laissé des fientes? Les pigeons peuvent-ils être infectés?

Le H5N1 se transmet surtout au sein de la volaille, moins facilement parmi les autres oiseaux. Des pigeons peuvent donc aussi être infectés, mais dans une faible mesure. Pour l’instant, on n’a trouvé aucun oiseau de cette espèce atteint par le virus.

Puis-je donner à manger aux oiseaux?

Oui, bien sûr. Mais ce geste favorise une concentration d’oiseaux, et donc une augmentation du risque d’être en contact avec un oiseau infecté. Un risque infinitésimal.

Si mon chat mange un oiseau, est-il contaminé? Peut-il transmettre le virus? Et mon chien?

Un chat qui mangerait un oiseau malade peut être infecté. De même qu’un chien ou un autre animal qui marcherait sur des fientes d’oiseaux contaminés, mais le risque est infime. La probabilité de contamination d’animaux autres que les oiseaux est extrêmement faible. On peut donc laisser chats et chiens courir à l’extérieur.

La paille de mon cochon d’Inde peut-elle transporter le virus?

Non. Seule la paille usagée, qui aurait servi de litière à des poules malades peut être contaminée.

Pourrai-je me baigner dans le lac cet été?

Oui. Le virus peut pénétrer dans l’eau, mais il s’y dilue très vite, meurt en un mois dans l’eau à basse température. Quand l’eau atteint 22 degrés, il ne survit pas plus de quatre jours. L’été prochain, le risque restera donc très faible.

Les plumes d’oiseaux trouvées sur le sol peuvent-elles être infectées? Puis-je les ramasser?

Le risque de contamination est très faible. Mais mieux vaut ne pas les toucher.

Le commerce de volaille va-t-il accuser le coup?

Il l’a déjà fait. La semaine passée, les ventes de poulets et canards en Suisse ont baissé de 15 à 20%, selon les directions de Coop et Migros… Alors qu’il n’y a aucun risque à manger du poulet cuit.

Alain Dupraz