Médecins: moins un problème de pénurie que de répartition

Jeudi 30 mars 2006
Marc-André Giger, directeur de Santésuisse, souligne que les assureurs maladie soutiennent les revendications des médecins de premier recours pour revaloriser les soins de base.
Samedi, les médecins de famille font la grève sur la place du Palais fédéral. Ils entendent se mobiliser pour renforcer l’offre en soins de base. Ils dénoncent notamment le fait que les médecins de campagne ne trouvent pas de successeur et que, dans les régions reculées, la desserte médicale est en danger.
Les débats des derniers mois donnent l’impression qu’il y a pénurie de médecins. Pourtant, la densité médicale s’accroît d’année en année. Cette tendance s’est aussi confirmée chez les médecins de premier recours. Il y a cependant des problèmes de répartition: les médecins de premier recours installés en campagne ont de la peine à trouver de la relève, tandis que les effectifs des spécialistes dépassent partout largement les besoins. Il n’en reste pas moins qu’il faut renforcer la position des médecins de premier recours.
Les chiffres le prouvent, il est faux de parler de pénurie de médecins mais plutôt d’un problème au niveau de leur répartition par secteur d’activité. Le statut de spécialiste conserve à l’évidence son attractivité alors que les soins de base attirent moins les jeunes médecins. Cela commence déjà au niveau de la formation universitaire pré- et postgraduée et cela se termine par une activité notablement moins bien rémunérée pour les médecins de premier recours.
Suivant le nombre total des médecins disposant d’un numéro de code leur permettant d’exercer à charge de l’assurance de base, la part des médecins de premier recours s’élevait à fin 2005 à 41%, avec 7620 médecins (font partie des prestataires de soins de base les médecins omnipraticiens, les internistes, les pédiatres et médecins pour adolescents, les médecins praticiens, les cabinets de groupe). Durant les dernières années (2003 à 2005), les nouvelles admissions à pratiquer ont augmenté au même rythme, que ce soit pour les médecins de premier recours ou pour les spécialistes.
Selon la statistique de la FMH, le nombre de médecins actifs en cabinet a augmenté de 18% entre 2000 et 2004. L’augmentation est de 36% pour les généralistes, de 12% pour les internistes et de 14% pour les pédiatres. Au total, ce groupe de médecins a progressé de 23%. On ne peut donc pas dire que le nombre des spécialistes croît plus fortement que celui des médecins de premier recours.
Le TarMeD avait pour objectif de revaloriser financièrement, au sein du corps médical, les disciplines favorisant le dialogue et de corriger vers le bas les chiffres d’affaires des disciplines impliquant des gestes techniques. Mais la redistribution des revenus n’a été que peu réalisée, car les médecins prestataires de gestes techniques invasifs ont réussi à imposer plusieurs fois des corrections de la structure tarifaire avant son entrée en vigueur définitive. Ainsi les groupes de médecins dont le chiffre d’affaires a le plus augmenté sont les psychiatres et les psychothérapeutes. Certains domaines de la médecine invasive ont également enregistré une évolution de leur chiffre d’affaires supérieure à la moyenne. Par contre, les généralistes, les radiologues et les anesthésistes affichent un recul.
Les incitations financières sont fixées de telle sorte que c’est précisément dans les régions surdotées qu’il est financièrement le plus intéressant d’ouvrir un nouveau cabinet médical. Inversement, la reprise d’un cabinet médical à la campagne est moins attractive dans la mesure où, outre la nécessité d’habiter en zone rurale, s’ajoute aussi une valeur du point TarMeD inférieure. La possibilité de négocier individuellement avec les médecins la valeur du point tarifaire permettrait de trouver une issue à cette situation paradoxale.
Les assureurs maladie sont d’avis qu’il faut renforcer la position des médecins de premier recours. Même si le nombre de généralistes augmente et que la pénurie souvent crainte dans les soins de base ne se réalise pas, il ne fait pas de sens que les conditions restent largement plus attractives pour les spécialistes que pour les généralistes.
Les assureurs maladie soutiennent ces revendications depuis des années en mettant sur pied des systèmes de médecins de famille et de HMO et en introduisant sur le marché de nouveaux modèles alternatifs d’assurance. De nombreux assurés ont choisi en 2006 un modèle de soins gérés et la part des assurés qui ont opté pour une forme particulière d’assurance est passée à 10%. Même si ce pourcentage demeure modeste, certains commentateurs parlent déjà de renaissance des modèles de soins gérés.
Ces modèles s’inspirent de l’idée fondamentale que le médecin de premier recours est le premier interlocuteur obligé pour le patient. Il veille à ce que le patient reçoive le meilleur traitement pour sa pathologie. Mais pour cela, il faut qu’il y ait suffisamment de médecins de premier recours et suffisamment de médecins qui soient prêts à s’engager en faveur de tels modèles.
Pour l’instant, certaines contingences, parmi lesquelles l’obligation de contracter, empêchent qu’il en soit ainsi. Les médecins sont-ils prêts à entrer en discussion?

