«Le désespoir des médecins est réel»

Vendredi 31 mars 2006
BERNE Le patron des médecins suisses, Jacques de Haller, prendra la tête demain de la manifestation des blouses blanches. Une protestation sans précédent
Les médecins généralistes en ont ras-le-bol! Demain, ils seront plusieurs milliers à défiler à Berne, sur la place Fédérale. Ils y dénonceront les pressions économiques qu’ils subissent et l’emprise grandissante des assureurs sur la politique de la santé. Le métier de généraliste, le fameux médecin de famille, serait en danger. «Une espèce en voie de disparition», dit un slogan. A la tête de ce mouvement de protestation sans précédent, le Genevois Jacques de Haller, président de la Fédération des médecins suisses.
– Le médecin de famille est-il réellement en danger?
– Oui. Le cri de désespoir des généralistes est réel. Soixante pour cent d’entre eux ont entre 53 et 65 ans et seront bientôt à la retraite. Il n’y a plus assez de relève. Si les politiques continuent d’envoyer des signaux négatifs à cette profession, on court à la catastrophe.
– C’est la baisse de 10% des prix de laboratoire versés aux généralistes qui a mis le feu aux poudres. Les médecins ne défendent-ils pas plutôt leur salaire?
– Non. Cette baisse n’est pas significative. Mais c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Une nouvelle fois, on fait comprendre aux généralistes que leur métier ne mérite pas d’être considéré.
– Il s’agit quand même d’argent.
– L’argent n’est pas le problème. Nous sommes conscients que nous gagnons davantage qu’une grande partie de la population. Même si ça reste moins qu’un avocat…
– Qu’attendez-vous de cette manifestation?
– Nous voulons que les médecins soient enfin pris en compte dans le débat politique sur la santé.
– Et faire diminuer le pouvoir des assureurs?
– Nous ne voulons pas manifester contre les assureurs ou contre Couchepin. Mais pour être pris davantage au sérieux.
– Reste que de nombreux médecins dénoncent cette emprise des assureurs.
– C’est le déséquilibre que nous dénonçons. Nous ne sommes pas contre le fait que les assureurs jouent un rôle. Mais ils ne doivent pas prendre tout le pouvoir.
Yan Pauchard

