Médecine de pointe: comment rationaliser?

Samedi 27 mai 2006
Editorial
La médecine de pointe fait l’objet d’âpres discussions. Les cantons cherchent à s’entendre sur une planification rationnelle: à qui le cœur? à qui les cellules souches? à qui la neurochirurgie? Zurich met les pieds au mur, alors que, forcés de collaborer, Genève et Lausanne ont été mis au pas il y a deux ans, Berne et Bâle hier. Sous la pression de l’augmentation des dépenses de santé, on chasse ici les économies en terrain particulièrement complexe.
La médecine hautement spécialisée coûte extrêmement cher en formation de personnel et en équipements techniques, pour finalement un volume de patients qui n’est pas très conséquent. Mais elle représente aussi une formidable valeur ajoutée pour notre pays et une source de revenus à développer, via les patients étrangers qui viennent se faire soigner en Suisse à grands frais. Elle est surtout l’avenir d’une société qui vieillit. Ceux qui ont payé toute leur vie de fortes primes maladie réclament en retour, et avec raison, de profiter des avancées de la science et d’en faire bénéficier leurs enfants.
Tiraillée, la médecine de pointe doit maintenir son excellence dans la qualité des soins, sa capacité d’innovation et sa compétitivité, tout en allégeant sa facture. Deux voies sont possibles: la coopération et la concentration.
Excellent exemple de la première méthode, la mise en commun des compétences de Bâle-Ville et de Berne en matière de chirurgie cardiaque annoncée hier. Le département ainsi créé sera le plus grand de Suisse, avec 2000 patients par an. Ce centre fera pendant au pôle romand formé par Genève et Lausanne. 1000 cas y sont traités chaque année. Reste Zurich. Avec ses 1200 interventions annuelles, le canton et son hôpital ont les moyens de leur arrogance et ne se privent pas d’en faire la démonstration. Eux sont clairement favorables à la concentration des forces… sur Zurich. Pas question de «céder le cœur» au duo Bâle-Berne, côté alémanique, et Genève-Lausanne, côté Romandie.
Et pourtant c’est bien ce genre de piste qu’il faut suivre. Tout regrouper en un seul pôle, ce serait prendre le risque de perdre une saine émulation scientifique entre des équipes concurrentes. S’obstiner à maintenir une médecine de pointe partout (dix-neuf cliniques font actuellement des opérations à cœur ouvert!) c’est économiquement aberrant. Sans compter qu’en dessous d’un certain volume d’interventions, la qualité des soins n’est plus optimale.
Zurich a refusé de signer la précédente convention intercantonale de répartition de la médecine de pointe. Celle que les patrons de la santé tentent d’élaborer risque de ne pas connaître un meilleur sort. Les limites du fédéralisme semblent atteintes. La Confédération serait-elle capable de mener une véritable politique de planification?
Pascale Zimmermann

