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Le tabac tuera 10 millions de personnes par an en 2020


Mercredi 31 mai 2006

SANTE. Quelles mesures font baisser la consommation? Le point à l’occasion de la 19e Journée mondiale sans tabac

Fini la cigarette dans les restaurants Manor et dans les cafétérias Migros. Dès aujourd’hui, la fumée est bannie des 49 «Manora», «Appunto», «Il Crostino», «Café Bar», «Pizza & Pasta» et des 204 établissements que compte Migros à travers le pays. La nouvelle donne débarque à l’occasion de la 19e Journée mondiale sans tabac.

L’Italie, qui a franchi le pas début 2005, a vu son nombre de fumeurs se réduire de près de 4%. Selon le Ministère de la santé italien, 500000 personnes avaient en effet arrêté de fumer un an après l’entrée en vigueur de la loi étendue à tout le pays. En Irlande, premier pays européen à avoir passé le cap, l’interdiction de fumer dans les lieux publics, cafés et restaurants inclus, a fait reculer le chiffre d’affaires de l’industrie du tabac. Entreprise-phare du marché, Gallaher Group a ainsi enregistré une baisse de 11,3% un an après le début de l’application de la loi. Les établissements publics espagnols sont également devenus non fumeurs au début de cette année, après les Norvégiens et les Suédois. Le Royaume-Uni et la Finlande doivent emboîter le pas à ces pays à l’été 2007.

Les meilleurs élèves de la lutte antitabac ne sont pas forcément les pays qui fument le plus. Ainsi, le Royaume-Uni serre la vis à ses 25% de fumeurs, alors que l’Autriche, qui en compte 47%, n’a pas banni la fumée des restaurants.

Si la tendance est globalement à la baisse en Europe où la proportion de fumeurs est passée de 33 à 27% entre 2002 et 2005, le combat mené par les autorités sanitaires, Organisation mondiale de la santé (OMS) en tête, est loin d’être gagné. Ainsi, on dénombre aujourd’hui 47,5% d’hommes qui fument dans le monde contre 10,3% pour les femmes. La Chine et la Russie sont les plus gros consommateurs de tabac, suivies par la plupart des pays de l’Est. Certains fument de plus en plus. C’est le cas des pays en développement.

«Fumer, c’est une maladie», assure Marta Seoane, chargée de communication pour le programme «Initiative pour un monde sans tabac» à l’OMS. L’interdiction de fumer dans les restaurants n’est évidemment pas la seule action efficace. Et de préconiser un ensemble de mesures capables de réduire le nombre de «malades», voire d’éradiquer la maladie.

Pour Marta Seoane, l’augmentation du prix du tabac est certainement la plus efficace des mesures. On a d’ailleurs pu mesurer l’influence de ce paramètre isolément. Quand le tabac augmente de 10%, les pays en développement observent 8% de fumeurs en moins, contre 4% dans les pays développés.

Le Canada et le Brésil sont emblématiques pour leurs campagnes antitabac, selon l’experte de l’OMS. En 2003, le Canada avait lancé une campagne choc. En guise d’avertissement écrit sur la nocivité du produit, les paquets de cigarettes étaient flanqués de radiographies de poumons cancéreux. 91% des fumeurs avouaient avoir visualisé ces images et avoir établi une corrélation positive avec la décision qui les taraudait: arrêter de fumer. Le Brésil est allé plus loin en mettant sur les paquets des photographies de nouveau-nés atrophiés par le tabagisme de leur mère. L’Union européenne a, elle, décidé de mettre à la disposition de ses membres une panoplie de photographies chocs. Libre aux 25 pays de les utiliser comme bon leur semble.

En dépit d’une lutte contre le tabac de plus en plus visible, les prévisions de l’OMS sont pessimistes. Si aujourd’hui 5 millions de décès dans le monde sont dus directement ou indirectement à la consommation de tabac, l’Organisation estime que d’ici à 2020, ce chiffre pourrait avoir doublé: le tabac tuera alors 10 millions de personnes par an.

Marion Moussadek