Grosse bévue de l’hôpital: plusieurs médecins trop payés

Vendredi 23 juin 2006
Imbroglio Une erreur informatique coûte 500 000 francs aux HUG, qui cherchent à récupérer leur argent.
L’hôpital court après des centaines de milliers de francs distribués un peu trop hâtivement en 2005. Cette année-là, les heures de nuit et de dimanche des médecins ont été surpayées. La faute à une erreur informatique peu banale.
La règle veut que le salaire horaire soit majoré de 25% la nuit et de 50% le dimanche. Là, durant six mois, les augmentations atteindront respectivement 125% et 150%.
La Tribune a appris de source sûre que cette bourde a coûté environ 500 000 francs à l’hôpital. Sur les quelque 800 internes et chefs de clinique employés par les HUG, plusieurs centaines ont bénéficié des errements informatiques de l’institution.
Sur le moment, ils ne se sont pas émus outre mesure de leur subite amélioration de revenu. Les compléments salariaux indûment perçus n’ont donc pas été remboursés.
L’excuse des médecins
«Nos bulletins de salaire sont libellés de manière très opaque», explique un médecin. Certes, quelques toubibs se sont étonnés de l’importance des sommes versées. «Mais nos fiches de paie n’indiquent ni le nombre d’heures accomplies, ni leurs tarifs. Nous ne pouvons donc pas contrôler nous-mêmes leur exactitude. »
L’hôpital a découvert sa bévue fin 2005. Sa direction a prévu de la réparer dès le mois de juillet. L’argent sera récupéré en suspendant les versements des compensations de nuit et de dimanche à venir des médecins arrosés par erreur.
Reste à savoir en combien de temps l’institution compte récupérer son demi-million.
Son directeur, Bernard Gruson, s’est curieusement refusé à tout commentaire sur la question. Les médecins, eux, craignent d’être lésés. «Rendre ces suppléments ne pose aucun problème aux collègues qui continuent à travailler la nuit et le week-end. Mais que se passera-t-il pour ceux qui ont quitté l’hôpital ou qui ne travaillent plus qu’en semaine? Leur salaire sera-t-il amputé?»
L’Association des médecins de l’hôpital (AMIG) souhaite que ces rémunérations de base ne chutent pas de plus de 500 francs par mois.
Autrement dit, les toubibs sont prêts à ne plus percevoir de compléments salariaux jusqu’à ce qu’ils aient remboursé ce qu’ils doivent. Mais ils refusent qu’une somme significative soit brusquement retranchée de leur salaire.
La direction de l’hôpital fait durer le suspense. Elle n’a toujours pas annoncé ses intentions par écrit à l’AMIG.
Un mandat à 2,7 millions
La somme est rondelette, mais la tâche semble indispensable, si l’on en croit la direction de l’hôpital. Le 6 juin dernier, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont donné mandat au bureau parisien de l’entreprise internationale The Boston Consulting Group (BCG) de plancher sur «l’optimisation de l’efficience». Un contrat à 2,7 millions de francs.
Pour Bernard Gruson, directeur des HUG, cette mission s’inscrit dans le plan stratégique 2006-2010 qui précise les orientations et les actions des HUG en ce qui concerne les soins, l’enseignement et la recherche. «Les subventions diminuent, les recettes ne sont pas en augmentation et les dépenses restent constantes. » Il faut donc que les HUG agissent. «Ce mandat va porter sur trois axes: dégager des priorités, faire encore mieux — comme optimiser le parcours du patient lors de son hospitalisation — et enfin chercher de nouvelles sources de revenus».
Huit sociétés de consulting de la place étaient en lice pour décrocher ce marché. Selon nos informations, les offres allaient de 350 000 francs à 3,3 millions de francs. C’est donc la proposition de la BCG et son offre à 2,7 millions qui ont été retenues.
Les résultats du mandat devraient être connus avant la fin de l’année. «The Boston Consulting Group n’a pas été mandaté pour proposer la suppression de postes», assure Bernard Gruson.
La direction fait marche arrière
A la mi-juin, le comité de direction des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) avait décidé par mesure d’économie qu’aucun poste ne serait remplacé jusqu’à nouvel avis. Tous les chefs de département dont les collaborateurs sont en congé, en formation ou en arrêt maladie, ont été instamment priés de ne pas engager de travailleurs intérimaires pour suppléer à ces absences.
Pourtant, au début de cette semaine, la direction a changé d’avis. Sans fournir d’explications. Devant 300 cadres, Bernard Gruson, directeur des HUG, a annoncé ce revirement de situation. «J’avais effectivement demandé que les départements lèvent le pied sur les engagements, confirme le directeur. Les recettes du début d’année ne sont pas conformes aux prévisions: les journées d’hospitalisation sont en baisse de 3%, et par conséquent les revenus aussi. Il fallait donc opérer des économies», explique-t-il. «Après réflexion, le comité de direction a en effet décidé de débloquer les crédits de dotation supplémentaires, poursuit-il, mais des économies restent à faire. »
Un retournement de situation dû, peut-être, au mécontentement des soignants relayé par leurs responsables de département. Car cette mesure n’aurait pas été sans poser problème aux unités de soins, censées dès lors s’occuper du même nombre de patients mais avec moins de personnel. (mle)
Jérôme Faas

