L’épargne pour les soins des aînés…
L’épargne pour les soins des aînés est accueillie avec scepticisme

Vendredi 23 juin 2006
ECONOMIES. Reprenant une idée de Pascal Couchepin, le PRD souhaite un nouveau pilier pour financer les soins. L’UDC veut aller plus loin et la gauche dénonce une privatisation de la santé.
Une fois n’est pas coutume, les radicaux ont repris à leur compte avec un certain enthousiasme une proposition de Pascal Couchepin. Le ministre a lancé la semaine dernière l’idée d’un nouveau modèle de prévoyance pour couvrir les soins à domicile ou en EMS (LT du 17.06.2006). Et son parti a déposé cette semaine une motion au parlement en faveur du concept. En bref, celui-ci se traduit par un 3e pilier alimenté une fois entré dans les dernières années de la vie active, qui servirait à financer une prise en charge ultérieure.
Grâce à un revenu disponible élevé
Les radicaux mettent le doigt sur le problème de l’évolution démographique en lien avec la prise en charge des longues maladies. Ainsi, alors que la génération du baby-boom commence à atteindre la retraite, les coûts engendrés par les soins apportés aux aînés ne devraient cesser d’augmenter. Or, constate le Zurichois Felix Gutzwiller, ceux qui se constituent aujourd’hui un bas de laine en anticipant une future prise en charge sont logés à la même enseigne que ceux qui épargnent pour partir en voyage.
Il s’agirait de corriger cette injustice et d’inciter les aînés à économiser de façon plus ciblée. L’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) a d’ores et déjà imaginé un concept: en partant du principe qu’un séjour en EMS dure en moyenne un an et demi et que son coût moyen s’élève à 7500 francs par mois, la contribution maximale pourrait atteindre 150000 francs sur vingt ans. Il s’agirait de commencer à l’alimenter aux alentours de 58 ans, afin de disposer de l’épargne au moment opportun. «C’est en fin de carrière, lorsque les enfants ne sont souvent plus à charge, que le revenu disponible est le plus élevé. Et, vu que les seniors seront progressivement appelés à rester plus longtemps dans la vie active, les revenus vont encore augmenter», relève Felix Gutzwiller.
D’où l’intérêt d’un nouveau modèle d’épargne. Car le 3e pilier classique, dit 3a, n’est plus défiscalisé à partir de 65 ans, alors que le 3c le serait «pour récompenser ceux qui économisent à bon escient», détaille le chef du groupe parlementaire radical. Et si la personne titulaire de cette épargne n’a jamais besoin de soins? Ses économies seront perçues par ses héritiers, «comme elles le sont la plupart du temps, même en l’absence d’un tel outil».
Les socialistes rejettentun «cadeau fiscal»
La démocrate-chrétienne Thérèse Meyer refuse pour l’heure de porter un jugement définitif sur le modèle. «Mais une chose est sûre, il mérite un examen approfondi», commente la Fribourgeoise. Les autres partis sont beaucoup plus sceptiques. Pour l’UDC, l’idée de renforcer le 3e pilier est pertinente. «Mais pourquoi lui assortir une condition, en l’occurrence celle de nécessiter des soins, pour toucher cette épargne?» interroge le Zurichois Toni Bortoluzzi. Il préférerait prolonger la validité du 3e pilier classique afin de s’assurer que la personne qui cotise puisse profiter un jour de ses économies. Felix Gutzwiller ironise: «Le modèle de l’UDC, c’est faire des cadeaux fiscaux à toute personne qui épargne.»
Voilà justement ce que veut éviter la gauche. Or, d’après elle, même la variante des radicaux participe de la soustraction fiscale. «Il n’y a aucune volonté sociale dans ce projet, fustige Stéphane Rossini. Cela ne règle ni le financement de l’assurance maladie ni celui des prestations complémentaires.»
A ses yeux, la manœuvre équivaudrait purement et simplement à l’amorce d’une privatisation du système de santé. «Tout comme la tendance est à la privatisation de la prévoyance vieillesse, où on affaiblit le 2e pilier en laissant les gens se débrouiller avec le 3e pilier. Or, combien de personnes peuvent s’offrir un 3e pilier?» questionne le Valaisan. Selon l’OFAS, 40% des actifs. Objection des socialistes: «Ce chiffre ne veut rien dire. Il ne tient pas compte des montants cotisés.» Enfin, affirme Stéphane Rossini, ceux qui pourraient se permettre de constituer un pilier 3c sont ceux qui, aujourd’hui, ont le moins de problèmes pour payer leur séjour en EMS. «Le projet rate sa cible.»
Bonne idée ou non, une question demeure: qui serait intéressé à constituer un pilier 3c en présence d’autres moyens d’épargne qui permettent plus de liberté, comme l’assurance vie? «Impossible à évaluer», concède le directeur de l’OFAS Yves Rossier. On y verra peut-être plus clair lorsque le Conseil fédéral aura répondu à la motion des radicaux.
Ron Hochuli, Berne

