Du Prozac dès 8 ans

Lundi 26 juin 2006
SANTÉ En Suisse, le Prozac, vendu sous le nom de Fluctine, reste déconseillé au moins de 18 ans. Mais il arrive que des antidépresseurs soient prescrits à des enfants
C’est un retournement de situation. L’Agence européenne du médicament donne désormais son feu vert à la prescription de Prozac à des enfants dès 8 ans! L’autorité sanitaire de l’Union européenne suit la tendance américaine. Sous conditions: le recours au Prozac doit rester réservé aux épisodes dépressifs majeurs et après quatre à six séances de psychothérapie sans effet.
Faut-il donner des antidépresseurs destinés aux adultes à des enfants? En Suisse, où ces pilules sont toujours déconseillées chez les mineurs, les spécialistes restent prudents.
«Cela ne correspond pas à notre pratique qui est axée sur la thérapie, précise Olivier Chouchena, pédopsychiatre au Service Universitaire de psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent du CHUV. Les antidépresseurs sont peu efficaces pour traiter la dépression chez les enfants de moins de 13 ans. De plus, il faut faire très attention dans la prescription de médicaments à de jeunes enfants dont le système nerveux central est en plein développement. A mon avis, le bénéfice que l’on peut en retirer est relativement faible, sauf dans de rares indications où l’inhibition dépressive domine le tableau et compromet tant le travail psychothérapeutique que les apprentissages scolaires. » Selon Nathalie Nanzer, médecin adjoint au Service de psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent à l’hôpital de Genève, il arrive déjà que des médecins prescrivent des antidépresseurs à des enfants, même si les prises en charge psychothérapeutiques restent le traitement de premier choix: «Il est vrai que l’on manque de données concernant leur efficacité sur les jeunes patients, mais les études américaines ont montré que la fluoxétine (Prozac) avait une certaine efficacité chez l’enfant. Dans certains cas graves, lorsque la souffrance est importante, et lorsque les autres traitements sont inefficaces, cela vaut la peine d’essayer. »
Malgré les risques? «L’augmentation des tendances suicidaires n’est pas prouvée, rappelle Nathalie Nanzer. Il peut y avoir des effets secondaires comme une augmentation de l’anxiété ou des troubles du comportement. D’où l’importance d’un suivi très serré de l’enfant en bonne collaboration avec la famille. »
Geneviève Comby

