«Ils auraient pu mourir»

Mardi 27 juin 2006
GENÈVE Des assureurs ont arrêté de payer les soins de patients en danger de mort. «Légal, mais scandaleux», accuse le magistrat radical
Peut-on laisser mourir quelqu’un parce qu’il a du retard dans le paiement de ses primes maladie? Pour certains assureurs, la réponse est oui: à Genève, 57 personnes se sont vu couper les remboursements. Plusieurs d’entre elles devaient recevoir des soins urgents; l’Etat de Genève les a prises en charge en catastrophe. Une situation inacceptable, aux yeux du conseiller d’Etat en charge de la Solidarité et de l’Emploi, François Longchamp. Le radical vient d’écrire aux assureurs pour trouver une solution.
– Qu’avez-vous écrit à Santésuisse, l’association des caisses maladie?
– Je me suis porté garant, au nom de l’Etat, du paiement des primes et des franchises pour les 57 personnes suspendues de remboursements. Les caisses doivent les réintégrer rapidement.
– Qui sont ces mauvais payeurs auxquels les assureurs coupent les soins?
– Comme par hasard, ces 57 personnes sont toutes malades, et même gravement. Si on décide d’exclure les mauvais payeurs, il faut les suspendre tous, pas seulement ceux qui coûtent cher aux caisses…
– Les assureurs disent qu’ils ne font qu’appliquer la loi: ils peuvent cesser de rembourser les soins en cas de retard de paiement…
– En effet. Bien qu’absurde et scandaleuse, cette pratique est parfaitement légale. Je me suis battu contre ce texte, voté par l’Assemblée fédérale. Il entre en contradiction avec le principe voulu par le peuple suisse: chacun doit avoir la garantie d’être assuré contre la maladie. Si un assuré ne paie pas, on peut le mettre aux poursuites, saisir son salaire, mais pas le laisser sans soins! Je précise que bon nombre de caisses maladie renoncent à exclure les mauvais payeurs, même si elles en ont le droit. Seuls quelques assureurs le font. Vouloir économiser sur des soins légers ou de confort, on peut en discuter. Mais pas lorsqu’il en va de la vie ou de la mort d’une personne!
– Si l’Etat n’avait pas payé à la place des assureurs, que se serait-il passé?
– Certains de ces malades seraient probablement morts.
Frédéric Julliard

