Qui va payer les frais médicaux des plus démunis?

Mardi 28 juin 2006
SUISSE Précarité. Une carte d’assuré, ça fonctionne un peu comme une carte de crédit. Un arriéré dans le règlement des primes maladie ou de la participation aux frais médicaux? L’argent- plastique refuse d’obtempérer et de payer la note. Lorsque cela se produit à la pharmacie, le patient repart les mains vides. Même s’il est un grand malade pour qui son traitement est vital.
Inacceptable? Certes. Pourtant les caisses sont dans leur bon droit lorsqu’elles cessent de rembourser les frais médicaux des plus démunis. «Eh oui, nous avons voté cette modification de la loi dans l’indifférence générale», déplore le conseiller national radical Yves Guisan. «Nous avons totalement banalisé le problème. Or, avec la précarité qui règne actuellement en Suisse, nous allons être confrontés à de nombreux cas de malades chroniques incapables de payer leur participation aux traitements. J’ai essayé d’attirer l’attention de Pascal Couchepin et de ses services sur le sujet, mais je me suis fait blaqueboulé. »
Pilule amère
La démocrate-chrétienne Thérèse Meyer a connu la semaine dernière à Berne une déconvenue identique: «Cette nouvelle disposition autorisant les assureurs à ne plus couvrir les frais médicaux des gens insolvables est entrée en vigueur le 1er janvier et commence à déployer ses effets. A Genève 16 pharmacies estiment qu’elles sont confrontées à quelque 185 cas de ce genre par mois. » Il arrive qu’un pharmacien compréhensif accepte tout de même de délivrer les médicaments. A ses risques et périls. «Mais quand un traitement coûte 2 à 3000 francs par mois, comme c’est le cas avec le sida, on ne peut pas demander aux pharmaciens d’assumer ça dans la durée», poursuit la Fribourgeoise. «J’ai posé la question à Pascal Couchepin. Il renvoie clairement la balle dans le camp des cantons. »
Qui trouvent la pilule un peu amère. François Longchamp, le conseiller d’Etat genevois en charge de la solidarité et de l’emploi, s’est du reste insurgé avant-hier contre l’indifférence fédérale, le désengagement des caisses et le report de charges sur les cantons. Il a dénoncé 57 cas de patients ayant besoin de soins urgents. «Cela ne fait que commencer, prédit Yves Guisan. Selon mes estimations, il y aura rapidement à Genève 10 000 cas de ce genre. Cela dépasse l’épiphénomène. Un problème de fond a été négligé et cela me révolte. » Une initiative parlementaire pourrait bien être déposée sous peu, qui réclamera une modification de la loi. «Il nous faudra trouver une majorité politique alliant la gauche, le PDC et quelques radicaux», annonce Thérèse Meyer.
Peur de l’abus
Le nœud du problème et ce qui sous-tend la modification légale votée par les Chambres en mars 2005, c’est la peur de l’abus. Parmi les gens qui ne règlent pas ce qu’ils doivent à leur assurance-maladie, 80% obtempèrent après avoir reçu un commandement de payer. Mais un sur cinq ne pourra jamais s’acquitter de sa dette. Dans le canton de Vaud, en Valais et à Fribourg, un arrangement a été trouvé avec les caisses. Celles-ci paient les factures et le canton les rembourse lorsqu’un acte de défaut de biens a été délivré. Mais en attendant celui-ci, il s’écoule au moins six mois. Durant lesquels les frais médicaux du patient indigent ne sont pas couverts. «C’est pour ce délai que nous devons trouver une solution», résument les politiciens.
Psacale Zimmermann

