Le salut de l’Uni de Genève ne passera pas par Lausanne

Mardi 20 juillet juin 2006
GENEVE. Contacté par le gouvernement genevois pour reprendre le poste de recteur ad interim de l’alma mater, le patron de l’Université de Lausanne, Jean-Marc Rapp, a décliné. Sans hésiter.
Le salut de l’Université de Genève aurait pu venir du canton de Vaud. Mais le recteur de l’Université de Lausanne, Jean-Marc Rapp, à qui le Conseil d’Etat genevois a proposé le poste de recteur ad interim, a refusé de jouer les pompiers de l’autre côté de la Versoix.
Refus dans les 24 heures
Cette réponse négative intervient alors que l’alma mater genevoise est secouée par une grave crise. A tel point que les notes de frais abusives, les lacunes dans les déclarations de gains accessoires et autres financements mystérieux de compléments salariaux ont eu raison de l’équipe dirigeante de l’Université. Le 11 juillet, suite à la découverte d’une irrégularité concernant la vice-rectrice Nadia Magnenat-Thalmann, le rectorat a démissionné en bloc.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la proposition genevoise de reprendre pendant une année le poste très exposé d’André Hurst n’a pas séduit Jean-Marc Rapp, âgé de 55 ans. Malgré le fait qu’il terminera son mandat de patron de l’alma mater lausannoise en septembre 2006. Le recteur lausannois n’a même pas hésité avant de décliner l’offre: «J’ai refusé dans les vingt-quatre heures», confirmait-t-il hier au Temps.
De trop mauvaises conditions de travail
Fort de son expérience de huit ans à la tête de l’Université de Lausanne, cet ancien député libéral critique sèchement le fonctionnement de l’institution genevoise. Et insiste sur le principal motif de son refus: «Les conditions-cadres ne sont pas réunies pour permettre au nouveau recteur de mener un travail efficace.»
Selon Jean-Marc Rapp, également à la tête des recteurs suisses depuis 2002, la loi actuellement en vigueur à Genève est si archaïque qu’elle empêcherait n’importe quel rectorat de travailler correctement.
Contrôle politique étouffant
Le Vaudois, qui a considérablement œuvré à Lausanne pour renforcer les pouvoirs de la direction, estime que le rectorat genevois «ne dispose pas de suffisamment d’autonomie». Jean-Marc Rapp vise surtout le contrôle exercé par le monde politique sur l’alma mater.
Et notamment le fait qu’une commission parlementaire spécialisée dans l’enseignement supérieur «suit de trop près» l’Université. Impossible, avec cette maigre marge de manœuvre, de prendre des décisions musclées, voire impopulaires, estime Jean-Marc Rapp.
Course à la perle rare
Le recteur lausannois s’en tiendra donc à son projet initial: à la rentrée, l’ancien doyen de la Faculté de droit se préparera à reprendre l’enseignement. Et surveillera de loin «la nécessaire réforme» de l’Université de Genève.
Qui devra être supervisée par une perle rare que le socialiste Charles Beer, ministre de tutelle de l’Université de Genève, doit se dépêcher de dénicher. Car le 26 juillet, le Conseil d’Etat est censé accepter la démission en bloc de l’actuel rectorat, dévoiler le nom du rectorat intérimaire, ainsi que la composition de la commission externe chargée de réformer en profondeur l’institution bouleversée.
Problèmes de gouvernance
Jean-Marc Rapp n’est pas seul à souligner les graves problèmes de gouvernance dont souffre l’alma mater genevoise. Dans son rapport intermédiaire, l’ancien conseiller d’Etat et procureur neuchâtelois Thierry Béguin mettait notamment en lumière un relâchement de discipline ainsi qu’un désintérêt pour le respect des exigences administratives chez certains enseignants, qui ont profité des failles du système de contrôle pour se laisser aller à des pratiques peu orthodoxes.
La commission externe chargée de réformer l’alma mater est mandatée pour présenter un avant-projet de loi sur l’Université. Le recteur ad interim, quant à lui, devra relever le lourd défi de rétablir la confiance au sein d’une institution très fragilisée, en attendant l’élection du nouveau recteur par l’Université, en juillet 2007.
Cynthia Gani

