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Trois petits vaccins et puis s’en vont


Mardi 25 juillet 2006

Des centaines de vacanciers affluent chaque semaine à la Médecine des voyageurs.

12h20 Sauro, une armoire à glace taciturne, veille sur la réception de la Médecine des voyageurs. Auréolé de la victoire des siens aux Mondiaux, l’employé vient d’accrocher au mur une écharpe satinée «Italia». Mais face à lui, les patients, munis d’un ticket numéroté, ont la tête ailleurs. A des milliers de kilomètres de Genève. Dans des contrées mettant parfois à rude épreuve les délicats organismes occidentaux.

Comme tous les étés, médecins et infirmières de l’unité voient ainsi affluer à l’hôpital des centaines de vacanciers en quête de vaccins et d’informations. Mais le «No 1» du jour se présente «pour motifs professionnels»: délégué du CICR, Fernando Vega a déjà bouclé ses valises. Il s’apprête à prendre femme et enfant pour s’installer deux ans à Alger. «Il faut un rappel contre la typhoïde», conseille le Dr François Chappuis. Le patient a l’habitude des blouses blanches, son carnet de vaccinations est maculé de tampons et la vue d’une seringue l’indiffère. «J’ai eu une fois une chute de tension lors d’une injection. Pourtant, j’ai une formation médicale. » Tout sourire, Paola D’Ippolito lui pince un pli de peau sur l’épaule et pique à trois reprises: «C’est souvent les gens du milieu qui ont le plus peur et ça ne s’arrange pas avec l’âge. » Lui scrute ses sparadraps: «Je connais un enfant qui va être passionné par ces petits trous. » Le délégué a beau avoir 21 ans de mission au compteur, il n’est pas blasé: «Je suis déjà parti dans la tête. Au revoir!»

13h10 Florian Burg hardt s’apprête à tout quitter pour six mois. L’employé de banque tombera son veston-cravate pour se promener sac au dos en Amérique latine. Ses mollets, prévient le médecin, risquent d’être la cible de chiens errants. Du coup, le docteur le met en garde contre la rage. Précaution inutile, le routard s’estime «vacciné à vie»: «J’ai été mordu au Cambodge en 2003. On m’a soigné et vacciné dans une clinique rudimentaire. Après la morsure, on m’a dit qu’une personne attaquée par un chien venait de mourir. » Sceptique sur le traitement administré en Asie, le médecin lui conseille de «vérifier son immunité résiduelle» par une prise de sang. Avec d’autres vaccins, le patient débourse 300 francs: «Plus douloureux que les piqûres». Qu’importe: ni la crainte des maladies ni le prix des vaccins ni même la peur du chômage au retour ne l’arrêteront.

14h15 Anne-Florence Walther et Vanessa Moro terminent leur formation de sage-femme. En août, elles ont choisi de partir un mois en stage dans un hôpital à Yaoundé. Débute alors le laïus sur les précautions alimentaires et la malaria: «Le Camerounest classé à haut risque, il faudra prendre des médicaments. » Les étudiantes esquissent un sourire anxieux.

A l’heure du vaccin, Anne- Florence Walther assise sur le lit médical balance ses jambes dans le vide: «Si j’adore faire les injections, je déteste l’inverse. »

Ndolo Banwa n’est pas non plus à l’aise. Pour la première fois depuis sa venue en Suisse en 1995, cette Congolaise retourne au pays avec ses enfants Lassa, 13 ans, et Angie, 7 ans. «Et demi…» rectifie la fillette qui se laisse vacciner sans tiquer. Dans sa menotte serrée, un sugus et un pansement coloré. Son frère, tétanisé par la seringue, refuse de se faire piquer. Il hurle, menace de quitter les lieux. Elvira, l’infirmière, est désemparée. «Je suis désolée, explique la mère. On reviendra avec son père qui pourra mieux le maîtriser. » Et de tenter d’amadouer son fils en lui promettant un CD. Peine perdue. «Ça arrive avec les enfants», souligne l’employée de l’hôpital. Et les évanouissements? «Entre le stress, la chaleur et la douleur, les personnes sont plus sensibles. Et certaines arrivent durant leur pause sans manger. » Dans la salle d’attente, justement, une patiente, qui vient de donner son sang, a un malaise: «Rien de grave», rassure le Dr Chappuis.

15h40 Maxime Marmier est le dernier voyageur du jour. Le ventilateur brasse l’air chaud: «Il ne fait pas froid chez vous», ironise-t-il. Cheveux en bataille, dégaine de savant fou, ce physicien est hilare à l’idée de rejoindre son frère au Kenya: «Il bosse pour une ONG. »

L’infirmière l’envie tout en le piquant: «Ah, la magie des grands espaces. » Il la remercie pour sa délicatesse et lui demande s’il n’est pas trop dur «de voir tous ces gens partir?»: «Ça me permet de rêver assise toute l’année», soupire-t-elle.

Vacances, affaires, mission humanitaire. Cinq médecins et quatre infirmières conseillent et piquent quelque 10 000 patients par an.

Pic de dengue

Fièvre jaune, hépatites, typhoïde, tétanos, rage, malaria… chaque année, 9400 voyageurs consultent l’Unité de médecine des voyages et des migrations dirigée par le docteur Louis Loutan.

Parmi eux, de plus en plus de ressortissants français attirés durant l’été par ce système sans rendez-vous. En outre, quelque 600 travailleurs humanitaires du CICR et de Médecins sans frontières passent dans les locaux jouxtant le bâtiment principal de l’Hôpital cantonal.

A noter qu’une maladie est en recrudescence en Afrique et en Asie: il s’agit de la dengue. Pas de vaccin pour cette fièvre. Seul conseil, un spray antimoustique.

Horaire: lundi, mercredi, vendredi, de 12 h 30 à 15 h 30.

Jeudi de 16 h à 18 h 30. Rue Micheli-Du-Crest 24.

Fedele Mendicino