Le marché suisse des médicaments à un tournant

Jeudi 27 juillet 2006
SANTE. Pour la première fois depuis dix ans, le prix des spécialités recule. Un succès politique.
Pascal Couchepin peut se frotter les mains. Au premier semestre, le prix des médicaments vendus sur ordonnance a diminué (de 3%) pour la première fois depuis plus de dix ans. Le volume, lui, est resté pratiquement stable.
L’élément le plus spectaculaire de cette évolution est le bond en avant des génériques: +61,5%. Aujourd’hui, estime Thomas Cueni, directeur d’Interpharma, l’association des entreprises pharmaceutiques actives dans la recherche, les génériques tiennent plus de 50% du marché des spécialités hors brevet.
Deux mesures politiques sont à l’origine de cette évolution. La première est l’accord par lequel l’industrie pharmaceutique a accepté en septembre 2005 une baisse substantielle du prix des médicaments hors brevet. La seconde est la décision prise peu de temps après par Pascal Couchepin de faire passer la participation des assurés de 10 à 20% quand ils préfèrent sans motif un produit original à un générique.
Dans un premier temps, l’industrie a toussé assez fort. Mais avec la correction apportée à sa demande – la hausse de participation n’est appliquée que si le générique est plus avantageux – le système est jugé favorablement par ThomasCueni.
«Le marché suisse des médicaments est en train de subir en très peu de temps une restructuration qui dépasse tout ce que j’ai pu voir à l’étranger dans ces dix dernières années», apprécie-t-il. Et il s’agit d’un processus dynamique: les baisses de prix consenties par les pharmas font pression sur les prix des génériques, ce qui pousse les premiers à un nouvel effort. Cela démarre si fort qu’on entend déjà circuler le chiffre de 600 millions d’économie au lieu des 250 millions qui avaient été annoncés comme résultat probable de l’accord de septembre 2005.
Dur pour l’industrie? Thomas Cueni nuance: les marges qui sont actuellement pulvérisées n’auraient sans doute pas tenu dans la durée. Et surtout, l’essentiel est sauvegardé: les produits nouveaux continueront d’accéder au marché suisse sans entraves excessives. Le potentiel concurrentiel de la place suisse doit être défendu. C’est le sous-texte clair de l’accord passé avec Pascal Couchepin.
Sylvie Arsever

