Le nouveau patron de l’Uni est garanti sans casseroles

Jeudi 27 juillet 2006
Nomination Ruth Dreifuss présidera la commission chargée d’élaborer un projet de loi sur l’Uni.
L’Université a beau méchamment tanguer, un nouveau capitaine a accepté d’en prendre le gouvernail. Jacques Weber, doyen de la Faculté des sciences de 1998 à 2004, a été tiré de sa retraite pour voler au secours de la vénérable institution. Se définissant lui-même comme «un homme de défis», ce physicien de 66 ans dispose de dix mois pour remettre l’alma mater à flot.
Le Conseil d’Etat avait d’abord orienté ses recherches hors du sérail. Sans succès. Jean-Marc Rapp, le recteur de l’Université de Lausanne, déclinait immédiatement l’offre. «Les conditions ne sont pas réunies pour mener un travail efficace», déclarait-il.
La solution interne s’est donc vite imposée. Et il semble que tous les chemins menaient à Jacques Weber. Ancien doyen, l’homme connaît les rouages de l’institution. La Faculté des sciences, qu’il a dirigée entre 1998 et 2004, était l’une des deux seules à présenter une gestion exemplaire.
«Jacques Weber était un professeur et un chercheur reconnu et apprécié, un doyen particulièrement rigoureux dans sa gestion et une personne facilitant le contact entre les différentes facultés», détaille Charles Beer.
Le patron du Département de l’instruction publique en est sûr, «les membres du nouveau rectorat sont tout à fait clean». Ils ont dû montrer patte blanche pour décrocher ce poste de pompier de l’alma mater. Leurs comptes ont été audités. Voici pourquoi le nom du troisième vice-recteur ne sera dévoilé qu’en août: les divers contrôles auxquels il est soumis ne sont pas achevés.
La surprise du chef
L’intégration de deux «doyens délégués» au rectorat constitue la surprise du chef. «Le rapport Béguin met en évidence l’éclatement des pouvoirs au sein de l’Université, rappelle Charles Beer. Le but de ces désignations était d’entrer dans une autre logique, d’associer les facultés au travail du rectorat. »
Une fois les pompiers trouvés, restait à dénicher l’architecte capable d’échafauder les plans de la reconstruction. L’ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss tiendra ce rôle. Elle présidera la commission externe chargée de présenter d’ici à la fin mars un projet de loi sur l’Université. Cette commission, forte de quinze membres, est extrêmement diversifiée. Elle regroupe aussi bien des Genevois que des sommités provenant des Universités de Bâle et de Lausanne, de l’Ecole polytechnique ou des HES.
«Il faudra resserrer les boulons»
Jacques Weber, pourquoi avoir accepté ce poste. Il est pourtant peu confortable?
J’en suis conscient, mais j’y ai vu un défi. Tout au long de ma carrière, j’ai fonctionné en relevant des défis. De plus, je suis Genevois, j’ai fait mes études à Genève, je suis donc extrêmement attaché à l’institution. Enfin, je connais très bien les rouages de la maison, son fonctionnement et ses dysfonctionnements.
Avez-vous choisi vous-même votre équipe?
Non. Charles Beer a pris lui-même les choses en mains. Mais il m’a proposé des noms, nous avons discuté à chaque étape, j’ai été régulièrement consulté.
Vous êtes un homme du sérail. Ne craignez-vous pas que cela atténue votre autorité?
Au contraire. Quelqu’un de l’extérieur n’aurait pas été bien perçu par les collaborateurs. Le choix de l’équipe, composée de gens de grande expérience, va rassurer. Nous bénéficions d’un préjugé favorable.
Quels projets comptez-vous mener à bien en dix mois?
Nous n’avons pas encore de programme, puisque nous n’entrons en fonction que le 1er septembre. Comme l’a indiqué le Conseil d’Etat, nous serons chargés d’assurer la continuité des projets engagés, de veiller à une gestion efficace et de restaurer la confiance entre l’Université et la Cité. Nous ne désirons pas laisser une marque. Il s’agit surtout, à l’interne, de remotiver le personnel, et à l’externe, de montrer que toutes les mesures ont été prises.
Pour cela, il faudra resserrer les boulons en s’appuyant sur un contrôle de gestion renforcé mais aussi sur l’enseignement et la recherche. Nous devons associer la maison à notre travail.
Jérôme Faas
Le recteur et son équipe
Recteur: Jacques Weber. Docteur ès sciences physiques. Doyen de la Faculté des sciences de 1998 à 2004. A la retraite depuis octobre 2005.
Vice-rectrice: Anik de Ribaupierre. Docteur en psychologie. Doyenne de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de 1999 au 15 juillet dernier. Elle s’apprêtait à prendre un congé scientifique.
Vice-recteur: Jean Kellerhals. Docteur en sciences économiques et sociales. Il a été vice-recteur de 1999 à 2003, sous le rectorat de Maurice Bourquin. Sa retraite était prévue en septembre.
Vice-recteur: Connu du Conseil d’Etat, il sera nommé fin août, une fois achevé l’audit de ses comptes.
Doyen délégué: Robert Roth. Doyen de la Faculté de droit depuis 2003.
Doyen délégué: Jean-Louis Carpentier. Vice-doyen de la Faculté de médecine depuis 1999, puis doyen dès 2003. (jfa)
L’agenda
1er sept. 2006: Entrée en fonction du rectorat par intérim.
Septembre 2006: présentation de l’audit sur les notes de frais 2005.
30 novembre 2006: Rapport final de l’enquête générale de Thierry Béguin.
1er janvier 2007: Le recteur appelé à entrer en fonction en juillet est désigné.
31 mars 2007: La commission externe présente au Conseil d’Etat son avant-projet de loi sur l’Université.
Avril 2007: Le Conseil d’Etat dépose un projet de loi au Grand Conseil.
15 juillet 2007: Entrée en fonction du nouveau rectorat.
Octobre 2007: Le Grand Conseil vote le projet de loi.
Décembre 2007: La loi entre en vigueur. (jfa)
Un retraité par intérim en attendant la vraie perle
Commentaire
«Nous avons trouvé une perle rare. » «Ce n’est pas du second choix. » Voilà comment le Conseil d’Etat a présenté la nomination du nouveau recteur de l’Université.
Malheureusement cette vision n’est pas conforme à la réalité. Sans faire injure au professeur Jacques Weber, il convient de rappeler qu’il est clairement un second choix. Genève n’a pas réussi à convaincre le recteur de Lausanne de venir remettre de l’ordre dans notre alma mater. Il a donc dû se rabattre sur un doyen retraité, immédiatement disponible, et dont le mandat s’arrêtera en juillet 2007.
C’est à cette date que les choses sérieuses commenceront véritablement. On aura tiré les conséquences de l’audit de Thierry Béguin, un nouveau rectorat de quatre ans se mettra en place et on aura déjà des idées plus nettes sur le futur mode de gouvernance à l’Uni.
La crise de l’Uni a montré en tous cas qu’il est impératif d’inclure un gestionnaire dans le futur rectorat. Une personne qui tire la sonnette d’alarme quand certaines Facultés violent les règles financières.
Arthur Grosjean

