Deuxième cas de médecin douteux cet été. Danger?

Samedi 26 août 2006
Erica Studer-Mathieu, une amie d’Adolf Ogi, est morte entre les mains d’un médecin douteux. Malgré ce deuxième cas de toubib obscur annoncé au cours de l’été, le président de la FMH n’est pas inquiet.
Deuxième cas de médecin douteux cet été. Danger?
SUISSE Contrôle des diplômes
Le lundi 19 décembre, à 12 h 10, l’ex-président de la Confédération Adolf Ogi skie avec une très proche amie de sa famille: Erica Studer-Mathieu, 58 ans. Les deux personnes glissent sur une piste dont l’utilisation est interdite, entre Cry d’Er à Chesteron. La skieuse décolle après un muret, perd l’équilibre, chute et se heurte le crâne sur une pierre. Etendue dans la neige, la malheureuse perd beaucoup de sang.
Depuis l’aérodrome de Saanen, dans l’Oberland bernois, un hélicoptère d’Air Glacier décolle. L’équipage comprend le médecin Daniel L. , en fonction depuis deux mois, comme le précisait le Blick d’hier. «Malgré la prise en charge médicale, Erica Studer-Mathieu est morte sur les lieux mêmes de l’accident», indique la police valaisanne dans son rapport.
Au cours de son activité chez Air Glacier, Daniel L. n’a pourtant jamais présenté ses diplômes et certificats. Payé 500 à 600 francs par service de vingt-quatre heures, l’individu a disparu après un dernier ultimatum de la compagnie valaisanne.
En 2001, il se serait aussi présenté à l’hôpital d’Interlaken comme un médecin assistant, tout en sollicitant un poste de secouriste en ambulance. «Lorsque les doutes sur sa qualité de médecin se sont renforcés l’an dernier, nous lui avons demandé des informations. Dès ce moment-là, il nous a donné son congé», nous a confié le porte-parole de l’établissement bernois, Peter Neuhaus.
Ce cas de toubib obscur s’ajoute à celui d’une enquête pénale ouverte fin juin contre un médecin assistant de l’hôpital psychiatrique de Marsens. Le clinicien est soupçonné d’avoir falsifié son diplôme universitaire. Ces deux curieuses affaires, survenues en moins de trois mois, suscitent une inquiétude légitime. Entretien avec le président de la Fédération des médecins suisses (FMH), le généraliste genevois Jacques de Haller.
Les contrôles des formations des médecins sont-ils suffisants?
Les titres de spécialistes FMH sont rigoureusement contrôlés. Je les signe de ma main. Les droits de pratique sont en revanche délivrés par les autorités cantonales. Dans beaucoup de cantons, des médecins peuvent travailler sans droit de pratique individuel dans des institutions dont le médecin répondant dispose de ce droit. Dans d’autres cantons, comme à Genève bientôt, tous les médecins hospitaliers doivent disposer de ce droit de pratique. Mais le contrôle de ce droit de pratique peut être placé sous la compétence de l’administration de l’institution.
De nouvelles directives vous paraissent-elles nécessaires pour renforcer la fiabilité des contrôles?
En aucun cas! Les règles existantes s’avèrent tout à fait adéquates, si elles sont appliquées. Deux cas douteux sur 12 000 médecins œuvrant en institution demeurent marginaux.
Des risques de formations insuffisantes semblent toutefois présents, notamment en psychiatrie?
Les techniques de contrôle de formation sont tout aussi élaborées et reconnues en psychiatrie, en médecine générale et dans le domaine relationnel que dans toutes les autres disciplines. Il est vrai que nous ne sommes pas compétents pour le contrôle des formations de praticiens non-européens. Ces évaluations sont néanmoins effectuées lors de leur engagement par des confrères parfaitement avertis. Aucune inquiétude ne paraît donc justifiée.
Philippe Rodrik
Vers un choix restreint du médecin
La réforme du domaine de la santé est-elle en train de se débloquer? Un de ses principaux obstacles semble en voie d’être levé. La commission du Conseil des Etats a renvoyé mercredi aux calendes grecques le projet de supprimer «l’obligation de contracter». Soit l’idée défendue à multiples reprises par les assureurs de laisser les caisses choisir les praticiens qu’elles veulent rembourser.
«Les médecins promettaient le referendum», relève le vice-président de la commission Urs Schwaller (FR/PDC). «On ne peut plus se permettre de n’avoir que des échecs dans ce dossier. » Le projet proposé par Pascal Couchepin a ainsi été repoussé sine die.
Les blouses blanches respirent. Notamment le premier d’entre eux, le Genevois Jacques de Haller, président de la FMH (Fédération des médecins suisses), qui a réussi à convaincre les sénateurs.
Le plus dur reste néanmoins à faire. Et les médecins devront bien finir par lâcher du lest. En guise d’alternative, les sénateurs vont examiner plus à fond les systèmes de «managed care», selon lesquels les patients doivent d’abord s’adresser à un médecin de premier recours avant de se rendre chez un spécialiste.
Incitations financières
Les élus imaginent un système radical d’incitation: moduler les participations aux frais. Ceux qui veulent pouvoir aller chez tous les médecins quand ils le souhaitent paieraient 20% des frais. Ceux qui s’affilient à un réseau de «managed care» continueraient à payer 10% comme aujourd’hui. La FMH est prête à entrer en matière. «Mais les discussions seront encore longues», avertit Urs Schwaller. «Actuellement, 9% des assurés ont un système de «managed care», nous voulons arriver à 50% de la population. »
Adrien Bron

