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Un marché noir de méthadone à l’origine du drame?


Mardi 28 novembre 2006

Enquête La baby-sitter de la fillette intoxiquée a été entendue comme témoin par la police.

La fillette de 13 mois subitement tombée dans le coma vendredi après-midi après avoir ingéré de la méthadone serait toujours dans un état critique. Invoquant le secret médical, les médecins de l’Hôpital des enfants se refusent à communiquer l’état de santé de la petite.

Du côté de la police, l’enquête progresse lentement. La baby-sitter qui s’occupait du bébé a été entendue comme témoin par les enquêteurs. Quant à l’hypothèse avancée par les forces de l’ordre – la découverte par l’enfant d’une pastille de méthadone dans la cour de l’école de la Roseraie – elle n’est pas encore complètement confirmée.

Des questions subsistent donc. Sur le lieu et sur la forme du produit. Un dealer aurait-il perdu un comprimé dans le préau?

1500 toxicomanes en cure

A Genève, plus de 3000 personnes sont considérées comme dépendantes à l’héroïne et à la cocaïne. Parmi la population d’héroïnomanes, 1500 suivent une cure de désintoxication à la méthadone. Sous forme liquide pour la plupart, mais aussi, plus rarement, par l’absorption de Kétalgine, des pastilles de méthadone. Normalement, ce produit devrait être ingéré sous l’œil du médecin. Il existe par ailleurs un marché noir, où un cachet de 5 mg, la dose qu’aurait pu avaler la fillette de 13 mois, se monnaie entre 5 et 10 francs. Un trafic en hausse à cause de la diminution d’héroïne sur le marché de la drogue.

Tous les médecins peuvent prescrire de la méthadone

Particularité genevoise, tous les médecins du canton sont habilités à prescrire un traitement à la méthadone, pour peu que le praticien en ait reçu l’autorisation par le Service du médecin cantonal délégué, rattaché au Département de l’économie et de la santé.

Un tiers de ces 1500 toxicomanes en cure sont suivis par un médecin privé. Les deux tiers restants sont suivis par la Division d’abus de substance des HUG et dans les cinq centres de la Fondation Phœnix, une association privée à but non lucratif.

Les médecins prescripteurs de produits de substitution à l’héroïne ne sont pourtant pas abandonnés à leur sort. Le Groupe des praticiens en médecine de l’addiction (GPMA) se charge de fournir conseil et supports. Ce groupe, qui compte 120 médecins prescripteurs (soit 80% des docteurs autorisés à prescrire de la méthadone), se charge de prodiguer une formation pour un suivi adéquat des patients toxicomanes en cure de substitution. «Le GPMA, financé pour moitié par la Confédération et pour l’autre moitié par le canton, a pour but d’améliorer la qualité de la médecine de ville pour les soins aux personnes toxicomanes», explique le docteur Christian Junet, président du Groupe des praticiens en médecine de l’addiction.

Une population toxicomane pourtant vieillissante et en nette diminution. De moins en moins de cures de désintoxication sont d’ailleurs prescrites à Genève.

Marc Lalive d’Epinay