Le personnel s’inquiète: «L’hôpital public est en danger!»

Vendredi 15 décembre 2006
SANTÉ – Quelque cent cinquante blouses blanches ont remis une pétition au conseil d’administration de l’hôpital cantonal dénonçant les «dérives» des plans d’économies, dont l’opération Victoria.
Le fossé se creuse chaque jour un peu plus entre le personnel des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et la direction générale. Hier, environ cent cinquante blouses blanches ont sauté la pause de midi pour manifester dans le hall de l’hôpital[1] sous une banderole clamant: «Hôpital en danger, la santé n’est pas une marchandise». Dans la foulée, les blouses blanches ont rencontré le conseil d’administration, qui s’apprêtait à voter le budget 2007, afin de lui remettre une pétition. Forte de deux mille cinq cents signatures – recueillies parmi les dix mille employés des HUG –, elle sera ensuite soumise au Conseil d’Etat et au Grand Conseil, avant d’être déposée formellement à la Chancellerie dans la soirée.
La pétition réclame l’abandon de Victoria ainsi que d’autres mesures relevant de la «nouvelle gouvernance». Parmi celles-ci, l’introduction de la facturation par pathologie[2] à tous les services en 2007, sauf la psychiatrie et la gériatrie.
«Mais au fait, est-ce qu’il existe vraiment, cet audit Victoria?» se demande Joël Varone, secrétaire au Syndicat des services publics (SSP). C’est bien sûr une boutade. Il n’empêche, seul un petit cercle de privilégiés a pu prendre connaissance de ce fameux document.
les «sornettes» du conseil d’état
Même les membres du conseil d’administration n’ont pu l’obtenir. Réalisée par un cabinet privé, sur la base de comparaisons internationales, cette étude livre des pistes pour économiser entre 80 et 100 millions de francs en trois ans, dont 30 millions l’an prochain.
Les syndicats, qui le réclament depuis un mois, n’ont eu droit qu’à une copie d’une présentation Powerpoint. Et bien que l’audit ait coûté la somme rondelette de 2,7 millions de francs (l’équivalent de vingt-sept postes de travail, relèvent les syndicats), il est qualifié de «fumisterie technocratique» par Manuela Cattani, secrétaire au Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT).
Audit ou pas, les syndicats s’opposent à la direction des HUG, qui s’apprête à supprimer cent soixante postes de travail et une centaine de lits en 2007. Ils redoutent par ailleurs un vaste plan de réorganisation, incluant la fermeture de certaines d’unités de psychiatrie et de gériatrie.
budget voté hier
«Tous les départements sont concernés», prévient Lucia Floris, représentante du personnel au conseil d’administration des HUG. Selon les voeux du Conseil d’Etat, ces mesures d’économies doivent être réalisées sans baisse de prestations. Mais «personne dans la population ne croira qu’on peut couper dans les effectifs sans toucher aux prestations. Ce sont des sornettes!» s’exclame Manuela Cattani.
Peine perdue? Le conseil d’administration a bel et bien voté le budget et les 30 millions d’économies qui vont avec, confirmait hier Bernard Gruson. Le directeur général conteste par ailleurs que les membres du conseil aient voté la tête dans le sac: «L’expertise – qu’on qualifie abusivement d’audit – a été présentée fin novembre à tous les membres du conseil et des comités de gestion.» D’ici à quelques mois, un document de synthèse leur sera également remis. Les syndicats pourront aussi l’obtenir, mais M.Gruson y met une condition: ceux-ci devront collaborer avec la direction sur deux sujets. A savoir le problème de l’absentéisme, d’une part, et, d’autre part, le fonctionnement de la bourse de l’emploi, censée compenser tout ou partie des cent soixante postes appelés à disparaître.
Philippe Chevalier
Note : [1]D’autres rassemblements ont eu lieu aux hôpitaux de Loëx et de Belle-Idée.
[2]Ce mode de facturation se base sur le coût moyen du traitement d’une pathologie, répondant, selon les syndicats, à une logique de rentabilité à courte vue.

