Budget 2007 des Hôpitaux

Jeudi 21 décembre 2006
Un nouveau tour de vis sur le dos des patients et des employés ou une utilisation plus économique des moyens mis à disposition, source de meilleurs traitements ? Le débat sur le budget des HUG est toujours l’occasion d’un bras de fer entre les syndicats et la direction de l’établissement. Nos deux invités en apportent la démonstration ci-dessous. Mais qui parle au nom des patients ?
On veut privatiser la santé publique
Le système de santé genevois vit actuellement un tournant. Sous couvert d’assainissement des finances et d’économies nécessaires, les réformes en cours visent une marchandisation de la santé.
Cette appellation très militaire correspond en fait à un audit commandé cet été par les hôpitaux universitaires genevois (HUG) pour la modique somme de 2,7 millions de francs afin d’envisager des pistes pour améliorer l’efficience de l’entreprise.
L’objectif affirmé de l’Opération Victoria est de faire de 80 à 130 millions de francs d’économie dans les HUG sur les 3 ans à venir. Ce qui équivaut à environ 1500 postes! Soit plus de 15% des effectifs! Dès l’année prochaine, plusieurs unités de psychiatrie fermeront leurs portes. Il en va de même dans d’autres départements des HUG.
Des activités seront abandonnées aux privés comme la fécondation in vitro. Par mesures d’économie aussi, le nettoyage des locaux administratifs sera délégué à des entreprises privées.
Les HUG sont priés d’être concurrentiels. La généralisation de la facturation par pathologie dans les HUG dès 2007 pousse aussi cette concurrence. En clair, dès 2007, les HUG ne seront plus remboursés en fonction de tarifs calculés sur le coût moyen journalier d’un patient dans les HUG. Dès 2007, les HUG recevront une enveloppe en fonction de la pathologie du patient.
Ce système accentuera à n’en pas douter les sorties prématurées des patients. Moins les patients resteront de jours à l’hôpital, moins l’enveloppe budgétaire sera entamée.
Les pathologies les moins bien rétribuées ou celles pour lesquelles l’hôpital ne parvient pas à être en dessous de l’enveloppe attribuée seront écartées.
Une question revient dès lors à chaque fermeture d’unité. Est-ce en raison de besoins en soin de la population qui changent ou parce que certaines spécialités seraient trop coûteuses qu’elles ferment?
Avec des durées de séjour moyen de près de 40 jours, la gériatrie des HUG est dans la ligne de mire des réformes. Une question cependant demeure: où iront les patients? Dans les EMS? Aux soins à domicile?
Aujourd’hui, les EMS débordent, les listes d’attente s’allongent. Pire, les EMS ne reçoivent à l’heure actuelle plus suffisamment d’argent pour assurer les salaires du personnel. Résultat: des postes sont supprimés, des licenciements ont lieu, des EMS veulent déprofessionnaliser leur animation et la privatisation des secteurs hors soin (lingerie et cuisine) s’accélère.
Alors que le chef du Département de la santé ne cesse de répéter que seul le développement des soins à domicile sera à même de répondre au défi démographique du vieillissement de la population, la Fondation des soins à domicile (FSASD) est loin de voir les crédits suivre. Résultat: le personnel est littéralement débordé. Alors qu’officiellement les équipes ne commencent pas avant 8 h, une étude menée par la direction de la FSASD montre que près de la moitié des équipes commence le travail avant 7 h 30, soit plus d’une demi-heure plus tôt, afin de pouvoir répondre à l’ensemble des besoins.
Derrière ces réformes se cache la volonté de privatiser la santé publique genevoise, tout du moins de la rendre compatible avec les principes de l’économie de marché. Si les EMS sont déjà du domaine du privé, le prochain transfert en 2008 des actifs aux HUG accroîtra l’autonomisation de l’hôpital qui pourra à terme faire financer par des privés une partie de ses infrastructures… C’est tout le système de santé publique qui est aujourd’hui remis en cause.
Paolo Gilardi
Président de la région Genève du SSP-vpod
Rationaliser pour ne pas devoir rationner!
Michel Balestra
Président du conseil d’administration des HUG
Caducée, la réforme de 1995, a créé les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et regroupé les services administratifs, financiers, informatiques et logistiques. Dans chaque domaine, un service au lieu de quatre; à la clé, des économies substantielles réinvesties dans les soins.
En 2006, le monde de la santé subit une transformation en profondeur: évolution des technologies et des traitements, évolution des attentes des patients, évolution de la durée de vie de la population, recours accru au service public via les urgences, et nécessité pour un hôpital universitaire de garder un niveau d’excellence.
Dès 2007, les HUG doivent résoudre une équation simple: équilibrer le budget malgré une baisse des recettes (blocage de la subvention versée par l’Etat et des tarifs pour ne pas augmenter le coût de l’assurance-maladie) et une hausse des dépenses (progression des coûts salariaux en application de l’accord signé avec le Cartel, augmentation des coûts des médicaments, de l’énergie et des équipements).
Face à ces contraintes, que faire? Attendre? Avec le risque de perdre la maîtrise de notre destin et de subir le rationnement imposé par les autres acteurs du monde de la santé? Non, les HUG — et je salue ici le courage de leurs dirigeants, comme celui de la majorité de leurs collaborateurs — ont choisi d’anticiper et de proposer eux-mêmes des mesures visant à maintenir un système de soins performant, solidaire et accessible à tous.
Concrètement le projet Victoria est une façon responsable d’utiliser les ressources. En réduisant les journées d’hospitalisation, en évitant que des patients restent à l’hôpital pour attendre un examen, en facturant une visite à son juste prix comme dans un cabinet en ville, en redéployant une activité dans une autre structure pour supprimer un loyer inutile, en réduisant l’absentéisme. Tout une série d’économies et d’augmentations de revenus réfléchies, réalisées sans licenciement et sans porter atteinte au confort des patients et à la qualité des soins.
Car Victoria est aussi une manière de dégager des ressources pour répondre aux nouveaux besoins. En 2007, une unité sera créée en neurologie pour une meilleure prise en charge des accidents vasculaires cérébraux; une autre en médecine interne pour réaliser les investigations et traitements impliquant une courte hospitalisation. En anesthésiologie, des consultations préopératoires seront organisées en ambulatoire pour éviter d’hospitaliser un patient avant une intervention mineure. En psychiatrie gériatrique, la fermeture d’une unité sera compensée par l’élargissement des activités de l’hôpital de jour. Enfin, le plateau d’imagerie médicale sera développé pour faire face à l’augmentation d’activité.
Toujours la même logique: éviter l’hospitalisation inutile pour une meilleure allocation des ressources. Place désormais à la mise en œuvre en affirmant clairement les objectifs de Victoria: préserver le secteur de santé publique, améliorer la qualité et la sécurité des soins, de l’enseignement et de la recherche, offrir à chaque collaborateur un emploi dans l’établissement et dégager le financement pour des activités nouvelles.
En résumé, améliorer le système de santé publique en réalisant l’hôpital universitaire de demain, un hôpital au cœur des réseaux de santé, capable de satisfaire pleinement les besoins de la population genevoise.
Michel Balestra
Président du conseil d’administration des HUG

