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Le nouveau recteur lève le voile sur l’Université de demain


Jeudi 21 décembre 2006

L’Uni a désigné son nouveau chef. Jean-Dominique Vassalli entamera son mandat de quatre ans en juillet.

Il en rêvait depuis l’hiver dernier, dit-il, bien avant que n’éclate le scandale de l’Université. Ces turbulences n’ont pas tempéré son désir de prendre les rênes de l’alma mater. Hier, Jean-Dominique Vassalli a officiellement été nommé recteur de l’Université de Genève, et il éprouve «une certaine fierté d’avoir été choisi». Ce docteur ès sciences et en médecine remplacera l’actuel recteur par intérim Jacques Weber le 15 juillet prochain, pour quatre ans.

Cet homme de 60 ans vient du sérail. Il connaît bien la maison et les méandres de sa gestion. Ses fonctions de vice-doyen de la Faculté de médecine (de 1991 à 1999) puis de vice-recteur sous l’ère Maurice Bourquin (de 1999 à 2003) l’ont rôdé à l’exercice du pouvoir académique. Au cours de cette dernière période, il était chargé notamment de la valorisation des découvertes scientifiques et, surtout, de la collaboration Vaud-Genève.

Créer un espace universitaire romand

Jean-Dominique Vassalli n’étonne donc personne lorsqu’il identifie «le reprofilage du paysage universitaire suisse» comme l’un des grands enjeux de son futur règne. Il songe déjà à intensifier les partenariats avec les Universités lausannoise et neuchâteloise. L’un de ses buts consiste en effet à «construire un espace universitaire romand. Il s’agit d’une opportunité assez extraordinaire pour un petit pays comme le nôtre de jouer un rôle marquant au niveau international. »

Mais avant tout, Jean-Dominique Vassalli entend rendre à l’alma mater «une crédibilité locale», envolée en même temps que l’argent indûment dépensé par quelques professeurs voyous. Pour y parvenir, il entend mieux «profiler» l’Université, «spécifier ses différences», identifier ses forces.

Développer l’histoire

«Certains choix, et des bons choix, ont déjà été faits», explique-t-il en égrenant les pôles nationaux basés à Genève: la génétique, l’astrophysique, les neurosciences. Jean-Dominique Vassalli estime cependant «nécessaire de procéder à quelques choix supplémentaires. » Il tient absolument à raccrocher l’Université au pôle d’études internationales prévu pour 2008. «Nous devons y contribuer pleinement. » Il souhaite aussi «identifier un pôle en sciences historiques, associées aux lettres et à la théologie». Sans préciser, car ce n’est pas au recteur de décider «si c’est le Moyen Age ou la période grecque qui doit être mis en avant. »

Le médecin est en effet persuadé qu’un large débat doit précéder ces cruciaux choix à venir. «Si un petit nombre de projets fédérateurs émerge, il doit rencontrer l’adhésion de la population genevoise, qui doit s’y reconnaître. »

Parallèlement à ces défis académiques, Jean-Dominique Vassalli sera aussi le recteur qui mettra en place la nouvelle loi sur l’Université, actuellement en gestation. Ce flou législatif a découragé certains de postuler. Pas lui, car les probables grandes lignes du futur texte le satisfont. «Tout le monde est d’accord de dire qu’il faut offrir plus d’autonomie à l’Université, tout du moins si l’on comprend l’autonomie comme une capacité de réaction beaucoup plus grande que maintenant. »

Le «bas» salaire décourage un candidat

Certains attendaient un Zorro surgi d’ailleurs pour présider aux destinées de l’Université. Mais comme lorsqu’il s’est agi d’assurer l’intérim après la démission d’André Hurst, la solution interne a été privilégiée.

La concurrence n’a pas beaucoup inquiété Jean-Dominique Vassalli, confortablement élu par la commission de désignation. «Il s’agit du choix de la prudence et de la solidité en termes de légitimité interne», a commenté le magistrat Charles Beer au nom du Conseil d’Etat, qui devait valider le choix de l’Université.

Reste que l’on ne s’est pas pressé pour briguer le rectorat. «La surexposition de l’institution et le fait que la Loi sur l’Université ne pourra être modifiée qu’après l’entrée en fonction du nouveau recteur créaient un cadre peu propice pour générer des vocations externes. »

S’y ajoute le refus du gouvernement d’augmenter la rémunération du poste. «Un recteur perçoit environ 250 000 francs annuels, précise Charles Beer. Nous ne montons jamais à 350 000. » Un candidat «d’une autre provenance» s’en est trouvé découragé.

La commission, qui avait initialement reçu cinq candidatures, a donc nommé Jean- Dominique Vassalli «car il possède les qualités que nous attendions: savoir piloter l’institution, faire des choix, mener à bien les réformes», expose Roger Mayou, président de ladite commission. L’âge relativement avancé du futur recteur, lui interdisant quasiment un second mandat, n’a finalement pas joué. «Son expérience des fonctions dirigeantes et sa connaissance du fonctionnement de l’Université ont compensé. »

Yves Flückiger vice-recteur

Dernier élément en sa faveur, Jean-Dominique Vassalli se faisait une idée très précise de l’équipe avec laquelle il souhaitait travailler. Hier, il a d’ores et déjà annoncé le nom de l’un des futurs vice-recteurs: ce sera Yves Flückiger, professeur d’économie politique et directeur de l’Observatoire universitaire de l’emploi.

Jérôme Faas

Editorial

Uni: pas de transfert à la Ronaldinho…

Un tempérament de leader, un vrai patron charismatique, un manager à poigne. Tel était le profil recherché pour sortir l’Université du marasme dans lequel l’avaient plongé les affaires du printemps dernier. On s’attendait presque à un transfert à la Ronaldihno pour le nouveau recteur. Autant dire que la nomination de Jean-Dominique Vassalli, un homme du sérail, constitue une surprise. On n’ira toutefois pas jusqu’à parler de déception.

Il faut bien reconnaître que dégoter la perle rare n’était pas facile. Reprendre la tête d’une institution autant chahutée, alors que son organisation future n’est pas encore connue, en a refroidi plus d’un. Il fallait une certaine audace pour postuler.

Jean-Dominique Vassalli a osé. Il ne cache d’ailleurs pas qu’il rêvait de ce poste depuis longtemps. Six mois avant d’entrer en fonction, il n’hésite pas à faire part de ses priorités, sachant qu’elles feront grincer des dents.

Ce franc-parler rafraîchissant est plutôt de bon augure. Il y a quelques semaines, dans nos colonnes, le nouveau recteur déplorait la déprime ambiante au bout du lac et regrettait que l’Université n’ait pas encore trouvé de projet fédérateur, à l’instar d’Alinghi pour l’EPFL. On peut se réjouir de sa lucidité et de sa volonté d’en découdre.

Christian Bernet
Responsable de Genève-actualité