Le grand remaniement de l’Hôpital est décidé
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Lundi 29 janvier 2007
Santé Dix ans après leur création, les Hôpitaux universitaires de Genève réorganisent leurs services.
C’est une mue importante qu’entament les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Une «révolution tranquille», selon la direction qui se réjouit de la réorganisation approuvée mi-décembre par le conseil d’administration. «Dix ans après la création des HUG, il fallait dresser le bilan, commente Pierre Dayer, directeur médical. Un groupe hospitalo-universitaire a travaillé pendant un an. Résultat: la maison va bien, mais certains ajustements s’imposaient pour gagner en efficacité. »
Cesco-Loëx
Une rumeur courait, inquiétant familles et proches de patients: le Cesco, qui soigne des personnes âgées, souvent en fin de vie, allait supprimer une douzaine de lits dans son unité d’oncologie. «Aucun lit ne disparaît, l’activité oncologique persiste», rassure Pierre Dayer. Elle passera «simplement» sous le contrôle d’un autre service. Les activités du Cesco se scindent en deux: 32 lits sont rattachés à un nouveau service de soins palliatifs (qui ne s’occupera plus de cancérologie). Parallèlement, un professeur en médecine palliative, dont la chaire se partage avec Lausanne, enseignera à Genève. Le reste du Cesco, soit 72 lits, est rattaché à l’Hôpital de Loëx dans ce qui devient un vaste service de soins continus de 300 lits environ.
Dans les soins continus, deux sous-groupes se distinguent: les cas «lourds», nécessitant des soins médicaux spécifiques, et les personnes en attente de placement (appartement spécialisé, EMS…). Quelque 150 patients attendent en permanence aux HUG une place dans une autre structure. «En termes de soins et de coûts, il était plus opportun de les réunir», considère le directeur médical.
Pédiatrie
Les HUG réorganisent aussi la pédiatrie. Le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent rejoint le Département de pédiatrie qui s’appellera désormais Département de l’enfant et de l’adolescent. Un changement sémantique qui signifie que l’on traitera dans la même structure les troubles physiques et psychiques du jeune adulte.
Neurosciences
Un service «neuro-interventionnel» est créé dans le Département des neurosciences cliniques. En clair, il s’agit d’un type de chirurgie peu invasive que l’on peut employer, par exemple, pour opérer un anévrisme.
Laboratoire central
Le Département de pathologie clinique devient Département de médecine génétique et de laboratoire. Dès le 2 avril, il regroupera une trentaine de laboratoires des HUG, éparpillés dans 65 services. A terme, ces laboratoires seront regroupés dans un seul bâtiment.
Sept centres transversaux
«Dans la médecine moderne, on n’a plus affaire à un médecin et à son malade, mais à des patients qui vont rencontrer, dans un itinéraire clinique, une série d’intervenants et de spécialistes. » Pour répondre à ces besoins, les HUG ont créé des programmes transversaux, comme celui du cancer du sein, lancé en 1999.
«L’idée était de réunir les spécialistes autour de la patiente et d’éviter à celle-ci une prise en charge aléatoire. » Dans le même esprit, les HUG ont décidé de créer sept centres transversaux, alimentés par le budget des départements concernés. Ils seront consacrés aux problèmes cardiovasculaires, aux cancers, aux urgences, aux troubles cognitifs (comme Alzheimer), à la médecine pénitentiaire, génétique et à la thérapie cellulaire.
On rénove, on achète, on remplace pour 24 millions
Rénovation, entretien, achat de matériel… Le Conseil d’Etat a déposé mi-décembre cinq projets de loi visant des investissements aux HUG. La somme totale frôle les 24 millions de francs. «Certains de ces crédits seraient passés auparavant dans l’enveloppe de la LBA, la ligne budgétaire annuelle, commente Pierre-François Unger, conseiller d’Etat responsable de la santé. Le parlement a voulu qu’on élabore des projets de loi pour que les investissements soient plus transparents. »
Aux HUG, Dominique Peyraud, directeur du département d’exploitation, et Christophe Vachey, chef du service d’ingénierie biomédicale, entrent dans le détail de ces crédits, en précisant que pour tout investissement de plus de 2 millions, «on a toujours déposé un projet de loi».
❚ Rénovation et mise aux normes des salles d’opération de la chirurgie ambulatoire: 6,24 millions de francs. Les quatre salles datent de 1965. Elles n’ont jamais été rénovées. Les techniques chirurgicales ayant évolué, il s’agit de limiter au maximum le risque d’infection nosocomiale. Or, ces salles ne sont plus aux normes. Pour y remédier, on mettra en place, au-dessus du champ opératoire, un flux «laminaire», c’est-à-dire un courant d’air vertical, homogène et exempt de poussières et de bactéries.
❚ Remplacement d’une bombe au cobalt par un équipement de radiothérapie externe pour le service de radio-oncologie: 4,5 millions de francs. La radiothérapie des HUG utilise trois équipements d’irradiation, dont une bombe au cobalt, acquise en 1989, qui utilise une source radioactive de cobalt enfermée dans un container de plomb. Son efficacité décroît chaque année et cette technologie, peu précise, n’est plus utilisée aujourd’hui. Avec 26 000 traitements par an et près de 1200 nouveaux cas annuels, les HUG ont besoin de ce nouvel outil, plus performant et plus précis, qui irradie la tumeur au millimètre près.
❚ Acquisition d’une 2e caméra PET-CT: 2,6 millions de francs. Ce type de caméra propose non seulement, comme un scanner traditionnel, une carte anatomique du patient, mais aussi une image métabolique qui permet de voir le fonctionnement ou le dysfonctionnement des organes (et de localiser les métastases). Cet appareil dernier cri scannera un corps en vingt minutes, ce qui ouvre des perspectives pour l’imagerie cardiaque. Actuellement, cinq patients par jour sont examinés avec la première caméra. Grâce à la deuxième, les HUG comptent doubler ce nombre.
❚ Rénovation du réseau d’alimentation en eau potable et défense incendie de la clinique de psychiatrie: 3,567 millions de francs. Le réseau date du début des années 1900. «La viabilité est d’environ septante ans, on a donc largement dépassé la date. Il y a eu 4 ou 5 fuites en 2004 et 12 en 2005», indique D. Peyraud.
❚ Travaux d’entretien et de rénovation des installations et bâtiments: 7 millions de francs. Ces travaux se divisent en 29 projets sur l’ensemble des sites. Remplacement d’ascenseurs, adaptation d’installations électriques et de chauffage, rénovation de sanitaires, réfection de cuisines: le tout atteint les 7 millions de francs.
«Une méthode autoritaire»
Une révolution tranquille, vraiment? Les syndicats n’entonnent pas le refrain patronal. «Pour arriver à cette réorganisation, la direction a usé d’une méthode autoritaire», estime Manuela Cattani, secrétaire syndicale du SIT. La réforme aurait été pilotée «uniquement par les hautes sphères de l’Hôpital», sans consulter la base. «Dans un contexte de restriction budgétaire et de baisse des subventions, la direction, en bon élève zélé, a choisi la méthode rapide. » Manuela Cattani se demande ainsi quelles discussions, quelles confrontations d’idées ont précédé le regroupement de la pédiatrie et de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Elle déplore l’absence de débat et d’articles dans les journaux internes, ainsi que la négation de l’expertise des gens de terrain. «A Loëx, les changements ne passent pas non plus comme une lettre à la poste», ajoute la syndicaliste qui évoque des tensions et des peurs au sein du personnel, liées aux suppressions de postes (non renouvelés après les départs en retraite).
Sophie Davaris

